03.12.2010 Entretien de l’Ambassadeur avec le quotidien “Sportski žurnal”, le 3 décembre 2010

1. Aimez-vous le sport et en avez-vous déjà pratiqué ?

Oui, en amateur, surtout du ski et de l’escrime. Je les pratique encore lorsque je suis dans un pays qui en offre la possibilité.

2. J’étais en France à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par l’amour que les Français portent au tennis. Cela est unique au monde. Aimez-vous le tennis comme la majorité de vos compatriotes, est-ce que vous en jouez - en particulier à Belgrade -, et à quel niveau ?

Beaucoup de Français jouent en effet au tennis. Il y a en France plus d’un million de licenciés et sans doute beaucoup plus de joueurs. Ceux qui aiment regarder le tennis sont plus nombreux encore ; il suffit de voir le succès que connaissent chaque année les Internationaux de France à Roland-Garros, où plus de 450.000 visiteurs se rendent.

Pour ma part, j’aime regarder le tennis et l’ai pratiqué avec mes fils, mais ils ont cessé de jouer avec moi lorsque leur niveau est devenu par trop supérieur au mien…

3. Que pensez-vous des résultats sportifs serbes - concernant avant tout le tennis -, qui sont spectaculaires sans qu’il n’y ait pour autant de grands investissements dans ce domaine ?

Je pense que le niveau exceptionnel des joueurs serbes est d’abord la conséquence d’un investissement considérable de la part des joueurs eux-mêmes. Dans aucune discipline on ne peut arriver au plus haut niveau sans un engagement constant et un investissement personnel de tous les jours. Le fait que la Serbie ait tant de joueurs de niveau mondial entraîne aussi le soutien de toute la société et confère à ce sport une popularité exceptionnelle.

4. Le sélectionneur de l’équipe de France, Guy Forget, a déclaré récemment que le déplacement en Serbie pour la finale de la Coupe Davis était un voyage en enfer. En tant que résident de Belgrade, partagez-vous son avis ?

Guy Forget se référait à la pression psychologique qu’ont à affronter les joueurs lorsqu’ils ne jouent pas dans leur pays. C’est un phénomène connu et d’autant plus marqué que le public est -à juste titre- passionné et soutient avec ferveur son équipe nationale. Malgré cela, les joueurs français jouent très bien à l’étranger. J’attire d’ailleurs votre attention sur le fait que les deux dernières victoires françaises en Coupe Davis ont eu lieu hors de France, respectivement à Malmö face à la Suède en 1996 et à Melbourne, face à l’Australie, en 2001.

5. Selon des informations provenant de Paris, les unités spéciales d’élite se rendront à Belgrade avec l’équipe de France. Cela est-il vrai ? De quelle unité s’agit-il, et pensez-vous que cela est nécessaire ?

Il y a un accompagnement de sécurité dans toutes les grandes compétitions internationales, par exemple les Jeux Olympiques. Un évènement aussi important que la finale de la Coupe Davis rentre à l’évidence dans cette catégorie. En l’occurrence, cet accompagnement se limite à trois policiers des unités de recherche, assistance, intervention et dissuasion. Mais la sécurité est avant tout assurée, comme il est habituel, par les services de la police serbe.

6. Conseilleriez-vous à vos compatriotes de venir assister librement à la finale de la Coupe Davis ou à un match d’un autre sport ?

Je leur conseille tout-à-fait de venir à la finale de la Coupe Davis, qui constituera un évènement exceptionnel.
S’agissant des autres sports, je suppose que vous vous référez au football. Comme le savent trop bien les habitants de Belgrade, certains matchs de football peuvent malheureusement donner lieu à des débordements violents qui justifient que des conseils de prudence soient donnés. Mais je crois justement que la tenue de la finale de la Coupe Davis à Belgrade - pour la première fois de son histoire - sera l’occasion de démontrer combien cette ville peut être accueillante et chaleureuse.

7. Assisterez-vous à la finale ? Quelles personnalités françaises célèbres seront présentes ? Y a-t-il une chance pour que le Président Sarkozy soit là ?

Mon épouse et moi assisterons à la finale et nous en réjouissons par avance. Il y aura nombre de spectateurs français, dont des personnalités, et le gouvernement sera représenté par la nouvelle Ministre des Sports, Madame Chantal Jouanno, dont ce sera le premier déplacement à l’étranger depuis sa prise de fonctions. Elle-même est une sportive accomplie, puisqu’elle a été treize fois championne de France de karaté.

8. Que pensez-vous du déroulement du procès des assassins de Brice Taton ? Dans quelle mesure êtes-vous satisfait du travail accompli par les autorités serbes ?

Je ne voudrais pas mêler le sport et les questions judiciaires. Il y a eu un drame effroyable, qui n’a rien à voir avec le sport, mais qui relève de la violence la plus brutale. Le procès est en cours. Les autorités serbes ont agi avec diligence pour que les auteurs présumés de ce crime soient retrouvés et amenés devant les tribunaux. Nous espérons que le procès permettra de faire émerger la vérité et de faire pleinement justice.

9. Novak Djokovic est l’un des Serbes les plus populaires en Serbie et dans le monde. Que pensez-vous de lui en tant que joueur de tennis ? Que pensez-vous de sa personnalité ?

Novak Djokovic est un des plus grands joueurs sur le plan international, qui a un jeu très complet et qui aime et sait communiquer avec son public grâce à son humour et à ses talents multiples. Il montre un attachement rare et exemplaire à son équipe nationale, alors que beaucoup de joueurs de haut niveau privilégient leur parcours individuel. Il fait aussi beaucoup pour la promotion du tennis en Serbie.

Je sais qu’il a beaucoup d’admirateurs en France.

10. Qui, à votre avis, a la plus grande chance de l’emporter ? En quoi l’absence de Tsonga est-elle significative pour l’équipe de France ?

L’absence de Tsonga, qui souffre d’une blessure, est certainement dommage pour l’équipe de France, mais celle-ci compte néanmoins des joueurs très chevronnés. Je vous rappelle que la sélection présente à Belgrade est la même qui a battu l’Argentine par cinq à zéro en demi-finale à Lyon au mois de septembre. Et puis, vous savez que Michaël Llodra a battu Djokovic il y a trois semaines au tournoi de Bercy. Tous les espoirs sont donc permis et les deux équipes ont de réelles chances de gagner ce tournoi, ce qui le rend encore plus passionnant.
A la fin, il y aura un vainqueur, mais ce que je voudrais retenir d’abord, c’est que nos deux pays, nos deux pays amis, se sont hissés ensemble cette année au sommet du tennis mondial. C’est en soi un évènement qui mérite d’être fêté.

Dernière modification : 17/02/2012

Haut de page