06/03/2012 Comment les ambassadeurs des principaux pays voient la situation économique en Serbie et dans leurs pays respectifs

Interview de François-Xavier Deniau, Ambassadeur de France en Serbie accordée au quotidien "Danas"

Le modèle de développement auquel la Serbie aspire repose sur deux piliers, l’accroissement des investissements étrangers et la croissance des exportations. Les deux dépendent des relations économiques de la Serbie avec ses partenaires commerciaux principaux ainsi qu’avec les principales puissances économiques. Les Ambassadeurs représentant les pays parmi les plus importants pour la croissance économique de la Serbie présentent les relations économiques de leur pays avec la Serbie et expliquent pourquoi la crise a touché leurs pays.

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Spécialement pour « Danas », l’Ambassadeur de France en Serbie, François-Xavier Deniau, répond aux trois questions posées par la rédaction :

1. Etes-vous satisfait par l’environnement économique en Serbie et que devrait faire, selon vous, le gouvernement serbe afin d’attirer un nombre plus important d’investisseurs étrangers ?

Les entreprises sont dans l’ensemble contentes de leur investissement en Serbie. La preuve en est que la plupart y restent et même souhaitent se développer. Toutefois, l’environnement des affaires est encore très perfectible en Serbie. Le fonctionnement de la justice, la coordination entre les différentes administrations, la difficulté pour les administrations à appliquer des textes trop nombreux et potentiellement contradictoires. Il faut certes modifier beaucoup de textes dans le cadre de la reprise de l’acquis communautaire mais il ne faut pas que ce soit au détriment de règles générales stables et prévisibles. La Serbie dispose d’un bon savoir-faire pour dialoguer avec les entreprises étrangères lorsqu’elles sont dans la phase de préparation d’une implantation en Serbie. Mais le travail ne s’arrête pas là. Il faut surtout accompagner les entreprises lorsqu’elles sont en activité sur le territoire et qu’elles demandent un soutien concret et effectif pour améliorer l’environnement des affaires. C’est notamment la philosophie du FIC qui a introduit des indicateurs de suivi de ses propositions dans son dernier rapport. Il y a encore beaucoup de points à améliorer.

2. Etant donné les désordres économiques dans la zone euro, quelles mesures ont été prises dans votre pays pour empêcher le débordement des effets négatifs de la crise sur son économie ?

La France n’a pas ménagé ses efforts depuis plus de deux ans pour trouver des solutions aux profondes secousses que connait la zone euro. Elle est au cœur de la concertation qui a abouti à de profondes réformes au sein de l’Union Européenne : adoption d’un mécanisme européen de stabilité ; signature d’un traité pour renforcer la discipline budgétaire. L’on a vu à quel point un recours trop fort à l’endettement public pouvait avoir un impact sur la souveraineté des Etats. La France s’est engagée dans un plan de réduction des déficits qui passe à la fois par une augmentation des recettes (notamment une réévaluation des niches fiscales) et par un contrôle strict des dépenses. Il faut alléger le poids des prélèvements publics pour consolider un environnement favorable à la croissance. Un autre chantier important aujourd’hui est de s’assurer que le système bancaire, qui doit absorber d’importantes réformes sur le plan prudentiel, puisse continuer toutefois à jouer son rôle essentiel de financeur de l’économie. La France a créé en 2009 la fonction de médiateur du crédit pour s’assurer que toutes les entreprises et notamment les PME pouvaient effectivement être entendues des banques. Il ne s’agit pas que l’Etat prenne la place du banquier mais de s’assurer que les PME aient pu trouver une solution lorsque leurs projets le justifiait. Un autre chantier important est celui de la formation professionnelle afin que les chômeurs de tous âges puissent trouver une formation adaptée à la situation du marché du travail ; il y a encore beaucoup trop d’offres d’emploi non satisfaites en France

3. Quels sont les sujets les plus urgents et les opportunités les plus marquantes pour les économies de la Serbie et de la région cette année ?

La conjoncture sera probablement difficile cette année dans la région car la croissance n’a pratiquement pas de moteur compte tenu de la situation dans la zone euro. Comme l’a souligné le gouvernement serbe dès 2010, un modèle économique basé sur une progression de la demande interne associée à un endettement croissant n’est pas soutenable. Le modèle économique aujourd’hui proposé, qui est en fait une politique de l’offre, est certainement plus adapté, compte tenu des atouts de la Serbie, notamment sa position géographique et la qualité de ses ressources humaines. Mais les effets sur la croissance et l’emploi ne seront pas immédiats. Le principal défi pour la Serbie est aujourd’hui le poids du secteur public dans le PIB. Sans doute du fait de la crise, la réforme de l’Etat préconisée initialement par le FMI n’a pas été menée à son terme dans les années passées. Compte tenu des déficits accumulés pendant la crise et de l’augmentation de la dette publique à des niveaux qui peuvent justifier désormais une certaine vigilance, cette réforme devient aujourd’hui incontournable. Elle contribuerait d’ailleurs au renforcement de l’attractivité de la Serbie. Des progrès ont certes eu lieu, par exemple l’adoption de nouvelles dispositions sur les partenariats public-privé qui peuvent intéresser dans des secteurs très divers des entreprises disposant d’une expérience confirmée sur tous les continents. Il convient d’aborder maintenant l’étape de leur mise en œuvre.

Dernière modification : 07/03/2012

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