11.02.2012 Le référendum au nord du Kossovo n’aura pas d’influence sur la candidature

François-Xavier Deniau, Ambassadeur de France, pour le quotidien "Politika" du 11 février 2012.

Le référendum au nord du Kossovo n’aura pas d’influence sur la candidature

La résolution 1244 ne nous pose pas de problème, mais le dialogue n’est pas avec la France, mais entre Belgrade et Priština

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Foto R. Krstinić

« Il n’y a pas de date précise avant laquelle Belgrade et Priština devraient atteindre un accord par rapport à la représentation du Kossovo aux fora régionaux, mais il serait mieux que cela se fasse le plus vite possible. Le Conseil Européen n’aime pas les solutions de dernière minute », a déclaré l’Ambassadeur de France à Belgrade, François-Xavier Deniau, pour le quotidien « Politika ».

Il semblerait que l’unique responsabilité pour trouver une solution par rapport à cette question repose sur Belgrade qui fait des propositions que Priština refuse ensuite. Est-ce qu’une pression pourrait être exercée sur Priština afin qu’une solution acceptable pour tous soit trouvée ?

Bien sûr. Le Conseil Européen souhaite qu’une solution pour la représentation du Kossovo aux fora internationaux soit trouvée parce que cela est dans l’intérêt de tous les citoyens du Kossovo s’agissant de questions liées au transport, à la libre circulation des gens, aux questions d’énergie. Cette notion de fora internationaux quelque peu abstraite cache des questions très concrètes qui se rapportent à l’amélioration des conditions de la vie de l’ensemble de la population. Nous sommes conscients que la Serbie a fait des propositions constructives dans ces domaines et nous invitons les autorités de Priština à se montrer constructives elles aussi.

Est-ce que pour la France quelque chose pose problème dans la mention de la résolution 1244, sur laquelle insiste Belgrade par rapport à la question de la représentation de Priština aux fora internationaux ?

Les négociations ne se font pas avec la France, le dialogue se fait entre Priština et Belgrade. Ce qui nous importe c’est d’arriver à une solution. Bien sûr que la mention de la résolution 1244 ne nous pose pas de problème puisque nous avons décidé de mentionner cette résolution chaque fois que l’on mentionne le Kossovo dans les documents de l’UE .

Le président Sarkozy avait déclaré, suite à l’arrestation de Ratko Mladic, que la Serbie s’était rapprochée d’un pas de l’UE. La Serbie n’ayant toujours pas obtenu le statut de candidat, combien de pas lui reste-t-il encore à faire ?

Le Conseil européen du 9 décembre a adopté des conclusions bien délimitées qui précisent ce que la Serbie doit faire pour obtenir le statut de candidat. Elle doit démontrer son engagement à poursuivre le dialogue avec Priština, mettre en oeuvre les accords conclus dans le cadre du dialogue, y compris l’accord sur la gestion intégrée des frontières/lignes administratives. La Serbie doit démontrer son engagement à trouver un accord sur la coopération régionale, c’est-à-dire contribuer à trouver une formule permettant au Kossovo de participer aux réunions et aux organisations régionales. Il est enfin attendu de la Serbie qu’elle coopère activement pour permettre à EULEX et à la KFOR d’exécuter leurs mandats respectifs.

Nous avons parfois l’impression que la Serbie est constamment mise face à de nouvelles conditions, ce qui est également la position que nous pouvons entendre de la part de certains membres du gouvernement serbe. Au fait, la représentation régionale, qui était au début une condition pour la date du début des négociations, est devenue la condition pour l’obtention du statut ?

Il est vrai que l’UE est une machine complexe. Avant décembre, il n’y avait qu’un seul document sur la table, celui dans lequel la Commission Européenne recommande au Conseil Européen d’octroyer à la Serbie le statut de candidat sous certaines conditions. Cependant, la recommandation de la Commission Européenne n’engage pas les vingt sept Etats membres. Contrairement à cela, les conclusions du Conseil Européen représentent un document qui a été accepté par les vingt sept Etats membres et qui les engage. Il est vrai que les conditions sont peut-être plus exigeantes mais elles sont concrètes ; ce document délimite clairement le périmètre de ce qui est demandé à la Serbie et il engage désormais tous les Etats membres. Personne ne peut ajouter et n’ajoutera de nouvelles et différentes conditions en plus de celles déjà énumérées dans les conclusions du Conseil Européen.

Les voix venant de l’Allemagne et d’autres pays de l’UE sont souvent dissonantes. Belgrade doit-elle écouter la voix de Bruxelles ou celle de Berlin ?

Toutes les positions de l’UE sont le résultat de négociations et d’accords entre ses membres. Ce qui doit vous guider, ce sont les conclusions du Conseil Européen du 9 décembre. Quelles qu’étaient leurs positions de départ, ces conclusions ont été approuvées par les vingt sept Etats membres de l’Union Européenne. Lorsque le Conseil Européen prendra sa décision lors de sa prochaine séance, et nous souhaitons vivement qu’elle soit en faveur de la Serbie, ce sera une décision qui engagera les vingt sept Etats membres.

Est-ce que votre pays peut exercer son influence sur l’Allemagne afin qu’en février, elle dire « oui » à l’obtention du statut de candidat ?

Les conclusions du Conseil européen sont un document sur lequel les plus hauts responsables des Vingt Sept se sont mis d’accord. Cela veut dire qu’un compromis a été trouvé au sein de l’Union entre ceux qui voulaient aller plus vite et ceux qui ne le voulaient pas. Pour notre part, nous soutenons fermement l’octroi à la Serbie du statut de candidat et l’invitons à faire sans délai le nécessaire pour que le Conseil confirme le statut de candidat, ce qui est à portée de main.

Est-ce que le référendum au Nord du Kossovo peut avoir des conséquences sur l’octroi du statut de candidat à la Serbie ?

Dans la mesure où le gouvernement serbe n’est pas impliqué dans cette initiative, avec laquelle il a publiquement pris ses distances, je ne pense pas qu’il aurait des conséquences.

Il est important pour la Serbie que l’ensemble de la région rejoigne l’UE, mais nous avons en même temps l’impression que vous êtes plus sévères envers nous qu’envers d’autres pays de la région, notamment la Croatie qui rejoindra l’UE l’an prochain bien qu’elle n’ait pas résolu la question des réfugiés serbes ?

Je ne pense pas que ce soit le cas. La Serbie et la Croatie ne se trouvent pas dans la même situation. Les négociations avec la Croatie ont duré longtemps ; un système de contrôle, de suivi de la Croatie existe et il sera en vigueur jusqu’à son adhésion à l’UE. En ce qui concerne la question des réfugiés, nous y sommes très attentifs. Vous savez que la France avait conditionné la reconnaissance de la Croatie en 1991 à la garantie des droits de ses minorités. Dans le cadre de l’UE, la France va, avec d’autres donateurs internationaux, s’engager lors de la conférence des donateurs pour les réfugiés pour financer la solution des problèmes de réfugiés, et entre autre, la reconstruction de leurs logements qui permettrait leur retour. Nous sommes très conscients de ce problème et sommes prêts à aider.

Journaliste : Jelena Cerovina

Publié le 11 février 2012

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Dernière modification : 17/02/2012

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