22-23.01.2011 Interview de l’ambassadeur accordée à Danas - "Les investisseurs français ont besoin d’une vision claire" - 22-23 janvier 2011

Le vote de la résolution sur Srebrenica à l’Assemblée de Serbie, la visite des présidents Tadic et Josipovic à Vukovar et à Paulin Dvor, l’adoption de la résolution sur le Kosovo présentée conjointement par la Serbie et les pays de l’Union européenne aux Nations Unies, de même que le règlement de plusieurs contentieux entre la Slovénie et la Croatie sont des témoignages importants de l’amélioration des relations dans la région. Il est en effet nécessaire pour les Etats qui souhaitent devenir membres de l’Union européenne de résoudre toutes les questions ouvertes, a déclaré l’ Ambassadeur de France en Serbie, François-Xavier Deniau, pour Danas.

- Comment voyez-vous l’évolution de la situation au Kosovo après la publication du rapport de Dick Marty sur le trafic d’organes humains et après les estimations négatives des élections qui se sont tenues récemment ?

Après la publication du rapport de Dick Marty, des initiatives ont été prises par les procureurs de la mission EULEX. A chacun maintenant de faire son travail. En ce qui concerne les élections, les pays qui, comme la France, ont reconnu l’indépendance du Kosovo, savent qu’il s’agit d’un Etat jeune qui n’a pas une grande expérience de la démocratie parlementaire. Il y a eu en effet des fraudes électorales, révélées notamment par les observateurs français. Mais il y a également des aspects positifs. D’abord le fait qu’il y ait des élections, ensuite qu’il y ait possibilité de recours, l’existence d’organes juridictionnels en mesure de statuer et de prendre des décisions rapidement, y compris celle de recommencer le scrutin. C’est un avancement dans l’apprentissage de la démocratie.

- Est-ce que le rapport Marty et l’évaluation des élections peuvent remettre en cause l’indépendance du Kosovo ?

Non. Mais l’apprentissage de la démocratie nécessite du temps et c’est pour cela aussi que la mission EULEX existe, pour aider au développement du système judiciaire et des institutions. Ce qui est essentiel également, c’est la qualité de la vie quotidienne des gens. Il est nécessaire d’améliorer le niveau de vie, la sécurité des populations et les services publics et de réduire le chômage. La résolution des Nations unies qui initie le dialogue entre Belgrade et Pristina précise d’ailleurs clairement qu’il a pour objet « d’améliorer les conditions vie des populations ». Je suis persuadé que dans ce cadre de ce dialogue, il est possible d’obtenir de vrais progrès dans l’intérêt de tous. J’espère que le dialogue sera bientôt lancé et je salue l’engagement des autorités serbes qui s’y sont préparées avec détermination.

- Partagez-vous l’impression que le Kosovo n’est plus, pour la politique, l’un de ses principaux sujets ?

Je partage votre analyse.

- La politique étrangère de Serbie est elle resté la même après l’harmonisation de la résolution avec l’UE sur la décision de la CIJ ?

Je suis arrivé en Serbie après l’adoption de la résolution aux Nations unies. Depuis que je suis ici, la priorité affirmée de la politique étrangère serbe est d’adhérer à l’Union européenne. C’est ce qui se reflète dans le discours des officiels serbes aussi bien que dans leurs décisions de politique étrangère.

- Il n’y a pas eu de nouveaux investissements français depuis longtemps en Serbie. Y a-t-il des nouvelles encourageantes ?

Jusqu’à présent, les investisseurs français ont été très intéressés à investir en Serbie ; les investissements français atteignent en effet une valeur d’un demi-milliard d’euros et représentent 10.000 emplois directs.

Je vous annonce à ce sujet une très bonne nouvelle : l’arrivée il y a quelques jours à Beocin de la CFNR, une entreprise française spécialisée dans la navigation fluviale. Elle opérera sur le Danube qui est l’un des atouts majeurs de la Serbie. C’est d’autant plus important que l’Union européenne prépare sa stratégie pour le Danube, qui sera la deuxième initiative macro-régionale de l’Union après celle concernant la Mer Baltique. D’autres entreprises françaises ont également des projets d’investissement pour lesquels les négociations sont en cours.

- Les investisseurs expriment-ils des réserves ?

La Serbie est un pays attractif pour les investisseurs français en raison de la qualité de sa main d’œuvre, de son niveau de formation, notamment scientifique et technique, et de l’accès à des marchés importants. C’est pourquoi des entreprises françaises sont aujourd’hui prêtes à investir dans de nouvelles usines ou à élargir celles qui existent déjà. Mais elles ont besoin d’avoir une vision claire des lois applicables, de savoir quelles seront les taxes à payer ou si les routes prévues seront réellement construites... Les mêmes questions seraient posées par des investisseurs étrangers qui voudraient s’installer en France.

Dernière modification : 17/02/2012

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