23.02.2011 Entretien accordé par l’ambassadeur de France au quotidien Blic, le 23 février 2011

"NOUS SOUHAITONS CONNAITRE TOUTE LA VERITE DANS L’AFFAIRE DU TRAFIC D’ORGANES"

EULEX a un mandat très large et des compétences exécutives qui lui permettent d’enquêter sur les accusations concernant le trafic d’organes au Kosovo présenté dans le rapport Marty. L’établissement d’un tribunal spécial chargé d’enquêter sur cette affaire n’est pas nécessaire, a déclaré pour Blic François-Xavier Deniau, Ambassadeur de France à Belgrade.

Dans un entretien accordé lors de sa visite à la rédaction de notre journal, le diplomate français indique qu’EULEX dispose d’un programme efficace de protection des témoins : la meilleure preuve de son efficacité résiderait d’ailleurs dans le fait que les détails de cette procédure sont ignorés du public.
La question du renforcement des moyens d’EULEX peut se poser, mais cela serait relativement simple à régler.
L’établissement d’un tribunal spécial n’est pas nécessaire puisqu’EULEX a les moyens d’enquêter et de juger. Dans son discours de Strasbourg, le président Boris Tadic a demandé « une enquête complète et indépendante menée par une équipe disposant d’un mandat international et responsable sur le plan international » : « pour nous et pour plusieurs membres du Conseil de Sécurité, cette équipe existe et s’appelle EULEX. Elle est d’ailleurs déjà au travail », a précisé l’Ambassadeur.

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- Dick Marty a déclaré qu’il accordait plus de confiance aux Américains qu’aux Européens s’agissant de l’enquête sur les accusations liées au trafic d’organes au Kossovo.

La résolution 1782 de l’APCE, qui a adopté le rapport Marty reconnait le bon travail déjà fait par la mission européenne, soulignant par exemple dans son paragraphe 12 : « L’équipe de procureurs et enquêteurs internationaux au sein de la mission EULEX chargée d’enquêter sur les allégations de traitements inhumains, y compris celles relatives à un éventuel trafic d’organes, a fait des progrès notamment en ce qui concerne la preuve de l’existence de lieux de détention secrets de l’UCK au nord de l’Albanie dans lesquels des traitements inhumains et même des meurtres aurait été commis ». Je crois que cette reconnaissance est importante.

- Dick Marty a également critiqué la réaction de Bernard Kouchner à la question d’un journaliste portant sur la « maison jaune malfamée » en Albanie. Des spéculations circulaient, indiquant que Bernard Kouchner était éventuellement au courant de cette affaire. Quel est votre commentaire ?

Nous souhaitons que toute la lumière soit définitivement faite sur cette affaire, comme l’a rappelé notre ambassadeur aux Nations unies le 16 février. Il faut maintenant passer des spéculations aux faits pour connaître la vérité sur les éléments évoqués par le rapport Marty, ce qui exige une enquête approfondie et professionnelle appuyée sur la fourniture de preuves.

- Pensez-vous que l’objectif de la Serbie d’obtenir le statut de candidat à l’UE avant la fin de l’année est réaliste ?

L’intention de la Serbie d’obtenir le statut de candidat avant la fin de cette année est réaliste mais dans les quelques mois qui nous séparent de l’examen de l’avis de la Commission européenne, il faut obtenir des résultats, que ce soit en matière de réforme institutionnelle, d’indépendance de la Justice ou de progrès dans la coopération avec le TPIY. Comme l’a déclaré le Président Tadic, tout dépend de la Serbie elle-même. La meilleure preuve de cette coopération serait de transférer les deux inculpés pour crimes de guerre qui restent, Goran Hadžić et Ratko Mladić. Cela n’est pas une condition, mais la Serbie devra prouver, avant d’obtenir le statut de candidat, qu’elle a fait le maximum pour retrouver et pour arrêter Hadzic et Mladic.

-  Comment les derniers changements au sein du gouvernement affectent les ambitions européennes de Belgrade ?

Il ne m’appartient pas de commenter la politique intérieure de la Serbie. Mais, comme je le disais, nous regarderons les résultats en matière de réformes.

- Quand voyez-vous le début du dialogue entre Belgrade et Pristina ?

Nous espérons que le dialogue commencera dès que possible. L’Union européenne a été désignée pour faciliter le dialogue et nous sommes prêts à agir dans ce cadre pour aider à trouver des solutions concrètes. La priorité est l’amélioration des conditions de vie des populations.

- La France a fait partie des pays qui ont salué la partition du SRS et la création du SNS. Pourriez-vous dire que le SNS a réellement épousé les valeurs européennes, comme il le proclame ?

Nous ne pouvons que nous féliciter de l’accroissement du soutien politique au rapprochement avec l’Union européenne. Nous jugerons l’arbre à ses fruits.

-  Les documents publiés par Wikileaks suggèrent que la diplomatie française ne tient pas en haute estime le Ministre Vuk Jeremić. Quelle est votre expérience avec le Ministre ?

Nous ne commentons pas les informations de cette source. Pour nous, Monsieur Vuk Jeremic est le ministre des Affaires étrangères de la République de Serbie et il sera d’ailleurs reçu à Paris, pendant la première semaine du mois de mars, par son homologue française, Madame Michèle Alliot-Marie. Pour ma part, j’ai de très bons contacts avec le Ministre des AE.

- Quels sont les plus grands défis que vous devez relever depuis que vous êtes à Belgrade ?

L’alphabet cyrillique, la Koshava et le fait que les journées sont trop courtes pour développer le potentiel considérable de nos relations politiques, économiques, culturelles, administratives ou scientifiques.

- Avez-vous exprimé votre désapprobation quant à la proposition du G17+ visant à ce que Zoran Stankovic soit le nouveau Ministre de la santé, comme le prétendent certains médias ?

Contrairement à ce que nous avons pu lire, l’ambassade n’a, a aucun moment, exprimé d’opinion sur la candidature de Monsieur Stankovic à la tête du ministère de la santé.

Dernière modification : 17/02/2012

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