Des amis se disent la vérité [sr]

BELGRADE

SRB-EVROSERVIS-MONDOLONI

La France est un ami de la Serbie, et à ces amis on dit la vérité, il n’ y aura pas d’intégration de la Serbie dans l’Union européenne (UE) sans un accord sur le Kosovo, a déclaré, dans une interview accordée à l’agence FoNet , l’ambassadeur de France à Belgrade, M. Frédéric Mondoloni, et a ajouté que nous devrions tirer profit du fait que les Balkans seront, au cours du premier semestre de cette l’année, "très haut sur l’agenda" de l’UE.

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Mondoloni a évalué comme très importante la rencontre du président de Serbie Aleksandar Vucic avec le Président Macron à Paris lors du sommet sur le climat et a souligné qu’il était important que les présidents se rencontrent et se respectent « comme c’est le cas ici. »

Cela donnera un nouvel impulsion aux relations bilatérales, a déclaré M. Mondoloni, en signalant que du travail sera fait sur la visite de Macron en Serbie, pour laquelle Macron a donné son accord de principe et qui, nous l’espérons, devrait avoir lieu en 2018.

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Selon Mondoloni, cela aurait une importance symbolique car cette année est marqué par le Centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, lors de laquelle la Serbie et la France, en tant que partenaires, ont remporté une victoire ensemble, côte à côte, afin de créer une Europe de paix, de stabilité et de démocratie.

Le président Macron a convié tous ses collègues à venir à Paris le 11 novembre, ce qui est très important pour la Serbie, a déclaré M. Mondoloni, soulignant que la France, au delà de vouloir commémorer le passé commun, souhaite construire également un avenir avec la Serbie.

Les commémorations du Centenaire d’une amitié traditionnelle tournée vers le futur

La France souhaite développer davantage ses relations avec la Serbie, [des relations] forgées lors de la Première Guerre mondiale, [la Serbie] qui est facteur de stabilité dans la région et son principal partenaire de longue date dans les Balkans occidentaux, a déclaré Mondoloni.

Nous voulons marquer cette amitié de manière significative. Je serais très heureux si l’ouverture du monument rénové à Kalemegdan pouvait se faire en présence des deux présidents, a déclaré Mondoloni.

Il a également déclaré que la France, "sans ambiguïté, et a 200%", soutenait les efforts de la Serbie pour devenir membre de l’UE et lui apportait son aide pour qu’elle remplisse les conditions indispensables.

La France est une amie de la Serbie, et à un ami on se dit la vérité. Donc, je pense que le président et le gouvernement serbe savent, et j’espère que le peuple serbe le sait aussi, qu’il n’y aura pas d’intégration de la Serbie dans l’UE sans un accord sur le Kosovo, a noté Mondoloni.

Il a expliqué que la stabilité régionale devait être préservée, afin de construire une paix durable et remplir les conditions d’adhésion, qui est le chapitre 35 dans les négociations avec l’UE.

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Pour nous, l’accord de Bruxelles de 2013 est très important, mais il faut que Belgrade et Pristina l’appliquent, a déclaré l’ambassadeur de France, disant aussi qu’il savait que la Serbie a fait beaucoup.

Il faut aller jusqu’au bout de la logique dans la poursuite du dialogue avec Pristina, a déclaré M. Mondoloni, qui a salué le dialogue interne en Serbie, afin que les opinions de toutes les parties prenantes soient entendues.

Je sais qu’il était envisagé de prendre des mesures importantes, ce qui est actuellement compromis par cet assassinat odieux d’Oliver Ivanovic, a déclaré Mondoloni, qui souhaite que le dialogue avec Pristina se poursuive le plus rapidement possible.

C’est plus qu’une condition. Le peuple serbe ne devra pas résoudre le problème du Kosovo que pour satisfaire l’UE, mais il devra le faire notamment pour son propre avenir, pour faire régner la paix dans la région, pour développer des activités économiques et pour que nos et vos enfants puissent dire qu’ils ont laissé les fantômes du passé derrière eux, a dit Mondoloni.

Il y aura encore des difficultés et des tensions, "mais il ne faut pas permettre que les fantômes du passé reviennent dans la région", a-t-il dit, en ajoutant que la France était déterminée à aider la Serbie à surmonter cela.

Insistant sur le fait que la route vers l’UE était un processus long et difficile, que des efforts ont été faits, mais qu’il était encore nécessaire d’en faire d’autres, Mondoloni a dit que, depuis son arrivée à Belgrade, il a rencontré et tenu un langage clair et franc avec le président Vucic, le Premier ministre Ana Brnabic et la ministre pour l’intégration européenne Jadranka Joksimovic.

Il y a beaucoup de choses à faire sur le plan économique afin que l’économie serbe devienne encore plus dynamique et atteigne le niveau de croissance de l’UE, ainsi que dans le domaine de la politique, de la justice, de l’État de droit, de la lutte contre la corruption, de l’indépendance des médias et de la liberté d’expression, auxquelles nous sommes profondément attachées, et nous souhaitons aider [la Serbie] dans tout cela", a déclaré Mondoloni.

Nous ne donnons pas de leçon. La France est là, avec ses partenaires, pour aider ce pays ami à rejoindre la grande famille européenne, a t-il expliqué, en notant que la France avait mis à disposition un fonctionnaire en Serbie qui travaillait auprès du Ministère de l’intégration européenne, et que bientôt il y aurait encore un autre pour aider dans les réformes administratives.

A propos de l‘annonce que la Serbie pouvait devenir membre de l’UE jusqu’en 2025, Mondoloni a estimé qu’il est bien de se fixer une date parce qu’elle fixait un horizon, mais que plus important que cela était les réformes et le chemin qui restait encore à être franchi.

Il ne faut pas que la Serbie se décourage. Une très grande majorité de la population souhaite rejoindre l’UE, bien qu’’il y au aussi des questions qui se posent ici et là. Donc, l’horizon est dans le champ de vision, la Serbie est la bienvenue, mais les conditions doivent être remplies, a déclaré l’ambassadeur de France.

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Au cours des six prochains mois, les Balkans et la Serbie seront des sujets importants dans l’agenda de l’UE, qui n’oublie pas la Serbie. Une stratégie de l’UE pour la Serbie et le Monténégro est envisagée, au cours de la présidence bulgare, le sommet UE-Balkans occidentaux est prévu en mai, a illustré Mondoloni, en soulignant que ces prochains "mois balkaniques" il fallait s’en servir.

Lorsqu’il lui a été demandé pourquoi, Paris était parmi les pays qui étaient contre l’ouverture du troisième chapitre dans le paquet des chapitres préparés lors les négociations de la Serbie avec l’UE, en décembre, il a réitéré que « a un ami on dit la vérité » et a expliqué qu’il était nécessaire de faire des efforts supplémentaires dans les domaines que la France considère comme prioritaires – la gouvernance, l’État de droit, la démocratie et la lutte contre la corruption.

La France soutient l’intégration européenne de la Serbie

Nous avons voulu l’ ouverture de deux chapitres, ce qui est bien, ça montre que le processus continue, que la direction est bonne, que nous faisons des progrès. Vous savez, il était possible qu’aucun chapitre ne soit ouvert, et nous en avons ouvert deux, a dit Mondoloni.

La France est très attachée à la liberté de la presse et de l’expression, et de nombreuses fois cela a été discuté avec les autorités serbes, a t˗il indiqué, en ajoutant que l’échange qu’a eu le Président Vucic avec la délégation de la Fédération européenne des journalistes était important, car il conduisait vers une politique d’apaisement et de maturité.

L’ambassadeur de France a rejeté comme inexactes les allégations selon lesquelles l’UE, afin de résoudre le problème du Kosovo, fermait les yeux devant les violations de la démocratie en Serbie.

Ce n’est pas vrai, c’est faux, cette équation est mal posée. L’Union veut les deux, elle veut résoudre le problème du Kosovo et veut la stabilité. Je ne crois pas que nous puissions parvenir à une démocratie mature sans règlement des conflits régionaux. Les deux vont ensemble, et nous ne souhaitons pas marchander - la stabilité contre la démocratie.

Ce n’est pas notre façon de travailler et nous ne le faisons pas. Après tout, nous avons beaucoup parlé des chapitres 23 et 24, nous en parlons très honnêtement avec le gouvernement serbe. Donc, nous souhaitons la stabilité régionale et la démocratie, il ne faut pas les opposer, cela va ensemble, a été catégorique Mondoloni.

Prié de dire si la Serbie, à cause de l’intégration dans l’UE, devait abandonner ses relations amicales avec la Russie, il a répondu négativement, en ajoutant que l’UE et la France avaient de bonnes relations avec Moscou, et qu’une visite du Président Vladimir Poutine a eu lieu l’an dernier à Versailles et une visite du Président de la République française est envisagée cette année également en Russie.

La Serbie est un pays ami, qui a le droit souverain d’avoir de bonnes relations avec la Russie, c’est un gage de paix et de la stabilité, a déclaré Mondoloni, et a également rappelé que la Serbie elle-même mettait l’accent sur l’adhésion comme étant son objectif prioritaire.

Cela signifie qu’elle devait prendre en compte l’acquis communautaire, sur le plan politique, économique, culturel et sur d’autres plans, et aussi sur le plan diplomatique. Au moment où la Serbie adhérera a l’UE, il sera nécessaire qu’elle adhère aux objectifs de la politique étrangère commune de l’UE, mais à ce moment-là, comme elle sera membre du club, elle pourra faire valoir sa voix, a dit Mondoloni.

Il a également rappelé de nombreux projets et investissements français en Serbie, ainsi que le récent accord sur la concession que Venci airport concernant l’aéroport de Belgrade Nikola Tesla.

La coopération économique franco-serbe

C’est un projet important, qui sera bénéfique pour la France, mais également à la Serbie, car il développera l’ aéroport. Nous voulons créer un "hub régional", afin que l’aéroport de Belgrade devienne le principal aéroport de la région, a souligné M. Mondoloni, en ajoutant qu’il existait aussi d’autres investissements français significatifs en Serbie.

D’après lui, la France réalisait 90 pour cent de son commerce dans la région avec la Serbie, qui compte plus de 100 entreprises françaises, employant environs 11 mille personnes, et que l’idée était de faire progresser tout cela en y appliquant le système dans lequel tout le monde est gagnant.

Mondoloni a dit que, sans vouloir paraître trop optimiste au sujet du projet de métro de Belgrade, il espérait que, comme dans le cas de la concession pour l’aéroport, pour lequel « les étoiles étaient bien alignées » cela pouvait se produire également avec le projet de métro dans les années à venir.

S’exprimant au sujet du paysage international compliqué, de l’avenir de l’UE et de la nécessité de sa transformation, Mondoloni a souligné l’importance du partenariat franco˗allemand qui, ayant été crucial pour la création de l’Union européenne, il était normal qu’il aide maintenant à ce qu’une voie pour l’avenir soit trouvée.

Nous ne sommes pas seuls dans le souhait que l’Europe soit forte, a déclaré M. Mondoloni, notant que c’était cela l’ambition du président Macron.

Interrogé s’il était favorable aux "États-Unis d’Amérique" ou pour "une Europe à plusieurs vitesses ", il a répondu que la solution était quelque part entre les deux, car l’UE est une construction politique particulière.

Nous ne voulons pas la disparition de la souveraineté des peuples et, à la dessus, le peuple serbe devrait être rassure que la Serbie lors de l’entrée de l’UE, restera la Serbie et le peuple serbe aura encore son destin entre ses mains, a dit Mondoloni.

Mais aussi, dans certains domaines, nous devrons pouvoir travailler ensemble mais aussi avancer en groupe plus restreint, a t-il ajouté, mentionnant la zone euro et l’Accord de Schengen, ce sera probablement également le cas avec la défense, parce que la France estime que la défense européenne devrait être plus active, plus forte et plus plus importante afin de préserver la stabilité sur le continent.

Nous ne sommes pas pour une Europe supranationale, mais non plus pour une Europe qui ne ferait rien, a souligné Mondoloni, en concluant que la Serbie, lorsqu’elle deviendra membre du Club, pourra aussi donner son avis sur le sujet. (fin) zvs / lj

Dernière modification : 20/06/2018

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