Il y a 180 ans, la première visite d’une délégation française en Serbie

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Le 6 novembre 1838, le ministre des affaires étrangères français, le comte de Molé, décide la création de la première représentation française en Serbie, l’Agence consulaire française à Belgrade. Le 29 novembre, le ministre nomme le premier titulaire du poste, en la personne de François Duclos, homme alors âgé de 53 ans et vice-consul de France à Jassi (Roumanie) depuis 1834. Parti de France le 2 janvier 1839, il parvient à Constantinople le 16. De là, il rejoint Kragujevac, capitale du Prince Milos Obrenovic, auquel il remet ses lettres de créance le 19 mars 1839. Il rétablit par là-même des relations diplomatiques interrompues 450 ans plus tôt.

Une des premières missions de M. Duclos après avoir rejoint Belgrade le 23 mars 1839 est d’ouvrir physiquement la représentation française. Ce qui impliquait d’identifier une maison susceptible de l’accueillir, dans une ville dévastée par la guerre 20 ans plus tôt et toujours pas complètement reconstruite.

Ce travail allait être compliqué par un contexte politique tendu au moment de son arrivée ainsi que par la nécessité d’accueillir la première délégation française à se rendre en Serbie après l’ouverture de l’Agence consulaire. Une visite non-officielle, inattendue et qui s’effectue dans des conditions… hautes en couleur. Cet épisode, qui constitue une "petite histoire" dans la grande Histoire, n’en apporte pas moins des éclairages fort intéressants sur les débuts du fonctionnement de la représentation française en Serbie et sur l’histoire de la France et de la Serbie en ce milieu du XIXème siècle.

1/ Une première visite qui intervient dans un contexte difficile

A/ Entre mars et mai 1839, la situation politique de la Serbie se complexifie. Après l’acceptation de la Constitution de 1838 par l’Empire ottoman, la mise en œuvre des nouvelles institutions s’avère difficile. Le Prince Milos Obrenovic, soucieux de préserver ses prérogatives, s’efforce de contrer la montée en puissance d’un Sénat représentant les élites du pays et souhaitant disposer de la réalité du pouvoir. Fin avril 1839, cette rivalité se tend, lorsque le Prince Milos quitte Belgrade pour Zemun (alors austro-hongroise), afin de se soustraire à l’influence du Sénat. En réaction, le Sénat précise que le Prince pourrait revenir en Serbie à condition de révoquer plusieurs de ses conseillers et d’accepter l’autorité de la nouvelle institution.

Le Prince Milos Obrenovic (1780-1860), Prince de Serbie de 1817 à 1839 et de 1858 à 1860

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B/ Le Prince accepte ces conditions mais, pendant tout le mois de mai 1839, des rumeurs d’insurrection commencent à se répandre, aiguisant la méfiance entre partisans du Prince et du Sénat. Finalement, le 25 mai, la garnison de Kragujevac se révolte et marche sur Belgrade, rejoints par plusieurs centaines de paysans en armes. Ces révoltés sont rapidement vaincus par les troupes fidèles au Sénat, mettant le Prince Milos en situation difficile : les mutins s’étaient réclamés de lui et affichaient ouvertement leur volonté d’aider le Prince à affirmer son autorité contre le Sénat. Début juin 1839, le Prince réunit sa famille à Belgrade et annonce son abdication, le 13, en faveur de son fils Milan II Obrenovic. Ce dernier décède toutefois dès le 8 juillet 1839 : son frère Mihailo III lui succède alors.

Milan II Obrenovic et Mihailo III Obrenovic, fils du Prince Milos, qui lui succèdent respectivement du 13 juin au 8 juillet 1839 et du 8 juillet 1839 à 1842

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2/ Un François Duclos… bien seul

A/ Lorsqu’il quitte la France le 2 janvier 1839, M. Duclos emmène avec lui Martin Sutterlin, secrétaire de chancellerie qui doit l’aider à ouvrir la représentation, ainsi qu’un domestique. Peu d’informations existent sur M. Sutterlin, apparemment assez jeune, et qui accompagne le vice-consul dans tous les moments importants de sa mission. Il assiste ainsi à la remise des lettres de créance de M. Duclos au Prince Milos à Kragujevac le 19 mars 1839 puis à l’entretien avec le gouverneur ottoman à Belgrade cinq jours plus tard. Ses conditions de travail et de vie semblent longtemps assez difficiles : durant les premières semaines passées à Belgrade, alors que le Prince Milos loge M. Duclos dans une chambre privative le Milosev Konak de Belgrade, M. Sutterlin et le domestique du vice-consul sont installés (avec l’ensemble des bagages !) dans une pièce exigüe de la demeure, qui leur sert à la fois de logement et d’espace de travail. Bien qu’il en soit fait assez peu mention, M. Sutterlin semble avoir apporté une aide substantielle dans la recherche d’un bâtiment susceptible d’accueillir l’Agence consulaire. Avec le titre de chancelier de l’ambassade, il a rempli d’importantes tâches de secrétariat et de courrier. L’Agence consulaire commence donc son activité à Belgrade avec trois agents – un vice-consul, un secrétaire de chancellerie et un domestique.

Le Milosev Konak, premier siège (temporaire) de l’Agence consulaire de France à Belgrade

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B/ Les instructions de M. Duclos impliquaient en outre de se consulter régulièrement avec le consul britannique, le colonel Lloyd George Hodge – qui dépendait alors de l’ambassadeur britannique à Constantinople, Lord Ponsonby. La relation entre le Royaume de France et Louis-Philippe Ier et le Royaume-Uni de la reine Victoria était alors assez étroite – en dépit de la grave crise qui opposera les deux pays quelques mois plus tard, en 1840, au sujet de l’Egypte. Aussi, fin mai 1839, alors que le colonel Hodge obtient un congé exceptionnel de trois mois, il confie la gestion de son consulat et des intérêts britanniques à M. Duclos. Le vice-consul français se trouvait alors, presque seul, en charge de deux représentations diplomatiques, celle du Royaume-Uni étant par ailleurs plus importante que la sienne : installée dans un hôtel particulier, elle comprenait, outre le consul, un chancelier, un interprète et trois domestiques. Quand éclate la crise entre le Prince et le Sénat, en mai-juin 1839, l’insécurité gagne Belgrade et, en l’absence du colonel Hodge, M. Duclos doit assurer la sécurité des deux représentations – demandant même, pendant un temps, au secrétaire d’Etat serbe pour les affaires étrangères, M. Petronijevic, de placer des gardes armés à proximité des deux emprises.

Le colonel Lloyd George Hodge, consul britannique à Belgrade en 1839

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C/ M. Duclos se trouve alors bien seul avec d’importantes responsabilités à endosser, d’autant plus lourdes que les échanges de courriers mettent près de six semaines à parvenir à Paris ou depuis Paris – le plus souvent par l’intermédiaire du service postal autrichien. En effet, alors même qu’il dépend de l’Ambassadeur de France à Constantinople, M. Duclos avait été autorisé par le ministre de Molé, à titre dérogatoire et exceptionnel, à correspondre avec Paris par l’intermédiaire de l’Ambassadeur français à Vienne – élément qui prouve la nature bien davantage diplomatique que consulaire de sa mission en Serbie.

Le cachet du service postal de l’Empire d’Autriche sur l’en-tête d’une correspondance de François Duclos au ministre des affaires étrangères, le comte de Molé (source : Archives diplomatiques du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères)

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Le comte de Molé, président du gouvernement et ministre des affaires étrangères français du 6 septembre 1836 au 31 mars 1839
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3/ Une délégation inattendue… et une situation embarrassante

C’est précisément dans ce contexte difficile que se présente à Belgrade la première délégation française reçue par le premier représentant français en Serbie. Le 23 mai 1839, le consul d’Autriche à Belgrade reçoit un courrier du commandement militaire de Semlin (Zemun) lui annonçant l’arrivée imminente du duc de Bordeaux et de membres de son entourage proche. La nouvelle, inattendue, est transmise à M. Duclos. Commence alors une série d’incompréhensions.

Né en 1820, Henri d’Artois, duc de Bordeaux (et aussi connu comme comte de Chambord), est le fils du duc de Berry, deuxième fils du roi Charles X (qui règne de 1824 à 1830).

Le roi de France Charles X (règne : 1824-1830)

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Son père ayant été assassiné avant sa naissance, le duc est élevé par sa mère, Marie-Caroline des Deux-Siciles. La Révolution de juillet 1830 oblige Charles X à quitter le trône : il abdique en faveur de son premier fils, Louis-Antoine d’Artois qui lui-même renonce à ses droits en faveur du duc de Bordeaux (son neveu). Mais dès le 1er août 1830, le duc Louis-Philippe d’Orléans, issu d’une branche cousine de la famille régnante des Bourbons, s’appuie sur les députés pour être désigné Roi des Français sous le nom de règne de Louis-Philippe Ier.

Louis-Philippe Ier, roi des Français (règne : 1830-1848)

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Il écarte ainsi la prétention au trône du jeune duc de Bordeaux, qui devait régner sous le nom d’Henri V. Cette situation oblige la famille royale déchue à s’exiler au Royaume-Uni. Le duc est élevé à Edimbourg tandis que sa mère débarque en Vendée en 1832 à la tête d’un groupe de fidèle pour tenter (en vain) de soulever la région et renverser le roi Louis-Philippe en faveur de son fils. L’ex-famille royale doit alors changer d’exil et s’installe dans l’Empire d’Autriche, à Prague. C’est là que le jeune homme atteint 13 ans – âge légal de la majorité pour les rois de France. Un groupe de partisans venus de France pour l’occasion le salue alors aux cris de « vive le roi ! », ce qui leur vaudra des poursuites en cour d’assise à leur retour en France. En 1836, la famille s’installe à Gorizia, dans l’Italie du nord autrichienne, où Charles X décède. Ce décès fait du duc de Bordeaux l’héritier présomptif du trône de France, Louis-Antoine d’Artois ayant renoncé à ses droits.

Le duc de Bordeaux, héritier présomptif du trône de France (1820-1883)

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Le jeune homme de 19 ans qui se présente à Belgrade le 23 mai 1839 est donc l’héritier présomptif du trône de France, représentant de la lignée légitimiste des Bourbons et pour le moins hostile à la famille royale régnante des Bourbons-Orléans. A la nouvelle de sa venue, le vice-consul François Duclos commet une confusion à peine croyable, puisqu’il écrira que « Comme [le duc] est membre de la famille royale et proche parent du Roi je n’ai point hésité d’aller le recevoir »… ceci dans son rapport adressé au ministre des affaires étrangères et président du gouvernement !

Ce faisant, M. Duclos donnait à penser qu’il reconnaitrait la branche légitimiste des Bourbons comme famille royale… au lieu de celle du souverain qu’il représentait à Belgrade. Quant à estimer que le duc était « un proche parent du roi », il semble surtout que M. Duclos l’ait confondu avec un des fils du roi Louis-Philippe... Cette confusion semble avoir suscité la fureur du ministre, qui notera en marge du rapport de M. Duclos : « ce consul est à révoquer ! ». D’autant que, depuis le 31 mars 1839, le ministre des affaires étrangères et président du gouvernement n’était plus le comte de Molé – auquel M. Duclos continuait d’adresser ses rapports – mais le maréchal Soult, l’ancien maréchal de Napoléon.

Jean de Dieu Soult (1769-1851), maréchal de Napoléon puis président du gouvernement et ministre des affaires étrangères français de 1839 à 1847

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Porteur de cette double confusion, ce rapport de M. Duclos aurait pu lui coûter sa carrière : M. Duclos restera en fonctions à Belgrade jusqu’à ce que le ministre décide la nomination d’un consul de rang protocolaire supérieur en juillet 1839, afin de rehausser la représentation de la France en Serbie – même s’il est vraisemblable que cet incident a joué un rôle dans la relève opérée à l’été 1839. M. Duclos sera toutefois nommé consul à Patras (Grèce), preuve que sa bourde lui avait été pardonnée.

4/ L’accueil du duc de Bordeaux à Belgrade

Toujours est-il qu’après avoir été informé vers 11h00 par son homologue autrichien de l’arrivée à Belgrade du duc de Bordeaux, M. Duclos se prépare à aller l’accueillir au poste frontière serbe sur la Sava. Mais, peu après, une pluie intense s’abat sur Belgrade et détrempe les routes et chemins, au point que M. Duclos estime que le duc aura reporté sa visite depuis Semlin (Zemun). Or vers 17h00, une accalmie voit quelques rayons de soleil percer le ciel : rentré à l’Agence consulaire, M. Duclos entend alors toner le canon de la forteresse de Kalemegdan, annonçant l’arrivée d’un hôte de marque… Le vice-consul se hâte alors d’enfiler son uniforme d’apparat pour aller accueillir le duc.

Vue de Semlin (Zemun) et Belgrade au XIXème siècle (source : Österreichische Nationalbibliothek)

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Jouant décidément de malchance depuis le début de cette visite, M. Duclos découvre en arrivant au poste-frontière sur la Sava que le duc était déjà passé et entré en ville… Il se dépêche alors de se rendre à la résidence du Prince Milos pour découvrir que, personne n’ayant averti le Prince de l’arrivée du duc, ce dernier n’avait pu rencontrer personne et était donc parti rencontrer… le pacha ottoman de Belgrade. Ce n’est que plus tard en début de soirée que M. Duclos apprend que le Prince Milos est rentré à sa résidence, à laquelle il se rend pour accueillir – enfin – le duc de Bordeaux. Le Prince accueille alors le duc de Bordeaux, avec lequel il a un bref entretien. M. Duclos raccompagne ensuite la délégation du duc jusqu’au poste frontière sur la Sava, le duc retournant séjourner à Zemun.

5/ Qui étaient les membres de la délégation ?

Lors de son voyage à Belgrade mai 1839, le duc de Bordeaux était accompagné de plusieurs personnalités comptant parmi les fidèles historiques de la branche légitimiste des Bourbons.

A/ Gaston François Christophe, duc de Lévis, est l’héritier de la maison de Lévis, originaire du Languedoc depuis le 13ème siècle. Son père, officier de l’armée royale française, avait été élu pour la noblesse aux Etats-généraux de 1789, avant d’émigrer en Angleterre lors du durcissement de la Révolution. En 1794, il participe à l’expédition royaliste à Quiberon dont il réchappe miraculeusement. Il s’installe alors en Angleterre jusqu’à 1814, devenant alors Pair de France (1814) puis duc (1817). Son fils Gaston François Christophe, dont il est question ici, nait à Richmond – dans l’exil britannique de la famille. Ayant rejoint la grande armée de Napoléon comme sous-lieutenant, il devient surtout l’aide de camp du duc d’Angoulême (fils du futur Charles X) en 1814. Comme chef de bataillon de la nouvelle armée royale, il participe à l’Expédition d’Espagne de 1823 puis à l’Expédition de Grèce de 1828. En juillet 1830, il refuse de se rallier au nouveau roi Louis-Philippe Ier et part en exil avec l’entourage de Charles X, devenant l’un des principaux conseillers du duc de Bordeaux. Il décèdera finalement en exil, en 1863, à Venise.

B/ Le comte Guillaume-Isidore de Montbel, né en 1787 a longtemps été un proche du comte de Villèle – président du gouvernement français de 1822 à 1828, sous Louis XVIII (1815-1824) et Charles X (1824-1830). En 1818, le comte de Monthel succède à Villèle comme maire de Toulouse. Il s’affirme alors comme un royaliste dur, fervent soutien de Charles X, appuyant les mesures visant à revenir sur les libertés issues de la Révolution – tout spécialement en tant que ministre de l’intérieur en 1829-1830. Après la révolution de 1830, il s’exile à Frohsdorf dans l’Empire d’Autriche, tandis qu’un tribunal français le condamne par contumace à la prison à perpétuité. Bien qu’amnistié en 1837, il décide de ne pas rentrer en France et demeure un conseiller personnel du duc de Bordeaux. Il décède en 1861, en exil.

C/ Le général Latour Foissac, né en 1782, il s’engage en 1795 comme simple cavalier au 21ème régiment de chasseur. Sous-lieutenant dès 1796 et lieutenant en 1797, il devient aide de camp du commandant du régiment. Nommé capitaine en 1798, il participe à la campagne d’Italie de Napoléon de 1799. Quittant l’armée de 1803 à 1805, il réintègre cependant son grade, il participe à la campagne d’Autriche de 1805 comme aide de camp du maréchal Berthier. Il participe ensuite à la campagne de Prusse de 1806 et est fait chevalier de la légion d’honneur en 1807. Nommé chef d’escadron en 1808, il participe à la campagne d’Autriche de 1809, se distinguant notamment à la bataille de Wagram. De 1810 à 1812, il prend part à la guerre d’Espagne, devenant colonel en 1813 puis général en 1814. Avec l’arrivée de Louis XVIII à la tête de la France, le général Latour-Foissac prend le parti des royalistes légitimistes et est versé dans la Garde royale – refusant de sa rallier à Napoléon lors des Cent-Jours. Ceci lui vaut d’être nommé par Louis XVIII commandant militaire de la Gironde puis d’être fait baron en 1816 et vicomte en 1818. En 1823, il commande une brigade de cavalerie pendant l’Expédition d’Espagne. Après la révolution de 1830, cependant, il refuse de prêter serment au nouveau roi Louis-Philippe Ier et s’exile en Allemagne, où il devient un conseiller du duc de Bordeaux. Amnistié quelques années plus tard, il rentre en France où il décède en 1855.

D/ Noël-Marie-Victor du Parc, comte de Locmaria, est l’héritier de la famille bretonne de Locmaria dont plusieurs aïeux avaient servi à des grades supérieurs de l’armée royale. Né en 1791, il sert dans la Grande armée de Napoléon comme lieutenant-colonel d’infanterie, tout spécialement en Espagne. Affichant des sentiments royalistes à la chute de l’Empire, il est versé dans la Garde royale avant de devenir sous-directeur du personnel au ministère de la guerre. Partisan de Charles X, il rejette la révolution de 1830 et refuse de prêter serment à Louis-Philippe Ier et part en exil avec le duc de Bordeaux, avec lequel il s’était lié d’amitié. A partir de 1831, il commence une carrière d’historien et d’écrivain, tandis qu’il accompagne le duc de Bordeaux dans ses voyages à travers l’Europe, publiant sept ouvrages historiques remarqués jusqu’à 1873. Amnistié il rentre finalement en France, où il décède en 1881.

Louis XVIII, roi de France (règne : 1814-1815 et 1815-1824) - il est le frère de Louis XVI (règne : 1774-1793) et de Charles X (règne : 1824-1830)

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Dernière modification : 09/05/2019

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