Il y a 60 ans France et Serbie coopéraient pour sauver la vie des irradiés de Vinca [sr]

Ce 25 octobre 2018, l’Ambassadeur de France, Frédéric Mondoloni, la directrice de l’Institut Vinca, Milica Marceta-Kaninski, et M. Radojko Maksic, survivant de l’incident de Vinca de 1958, ont inauguré une plaque saluant le 60ème anniversaire de l’incident radiologique de Vinca et, surtout, la coopération médicale franco-serbe qui a permis de sauver les 6 personnes gravement irradiées le 15 octobre 1958.

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Vidéo : Ambassade de France en Serbie

Ce jour-là, un groupe de physiciens travaillait sur le réacteur RB de l’Institut Vinca – Radojko Maksic, Roksanda Dangubić, Draško Grujić, Živorad Bogojević, Stjepan Hajduković et Života Vranić. Sans que le groupe ne le réalise immédiatement, le réacteur est entré en criticité avant que la pression accumulée à l’intérieur ne conduise à l’éclatement de son confinement, répandant un fort volume de radioéléments dans la zone adjacente. Comprenant ce qui était en train de se jouer, MM. Maksic et Vranic ont mis le réacteur en arrêt – geste qui a évité son emballement et un désastre plus important encore. Ceci au prix, pour M. Vranic, d’une dose de radiation très supérieure à celle de ses collègues, et qui lui sera fatale.

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L’Institut Vinca en 1952
Photo : Institut za nuklearne nauke "Vinča" - Institut pre izgradnje reaktora

Rapidement évacués après l’incident, ces physiciens ont été pris en charge par l’hôpital de Belgrade. Alors que les activités nucléaires étaient à leurs débuts dans les années 1950, il s’est vite avéré difficile pour les médecins serbes d’évaluer la dose de radioactivité reçue et quelle procédure mettre en œuvre pour sauver leur vie. Le professeur Pavle Savic, directeur de l’Institut Vinca, a contacté l’Institut Curie - le professeur ayant été l’élève d’Irène et Frédéric Joliot-Curie des années plus tôt. Il a alors été informé que le professeur d’oncologie Georges Mathé, sommité de renom international, expérimentait une technique de greffe de moelle osseuse : bien que n’ayant jamais été pratiquée sur des humains, cette opération semblait être la dernière chance de survie des jeunes Serbes – transférés vers la France en urgence le 16 octobre 1958.

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Le professeur Pavle Savic

Le professeur Mathé a immédiatement recherché, dans la population de Paris, des donneurs de moelle osseuse pour effectuer la greffe – prévenant systématiquement les volontaires que sa technique, expérimentale, présentait de gros risques pour leur santé voire pour leur vie. Malgré cela, cinq Français ont accepté de donner de leur moelle osseuse pour cette opération de la dernière chance : le docteur Léon Schwartzenberg (membre de l’équipe du professeur Mathé), Marcel Pabion, Albert Biron, Raymond Castanier et Odette Draghi. Cette dernière, bien qu’elle-même mère de 4 enfants et informée des risques de l’opération, avait néanmoins tenu à apporter son aide.

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Le professeur Georges Mathé
Photo : Institut du Cancer et d’immunogénétique (ICIG)

Les opérations chirurgicales sont effectuées du 11 au 16 novembre 1958 – constituant une première dans l’histoire de la chirurgie. La moelle donnée par Marcel Pabion est greffée sur Radojko Maksic, celle de Mme Draghi sur Roksanda Dangubic, celle de Raymond Castanier sur Zivota Vranic, celle d’Albert Biron sur Drasko Grujic et celle du docteur Schwarzenberg sur Stjepan Hajdukovic. M. Maksic, opéré le premier, est devenu par là-même le premier être humain sauvé par une greffe de moelle issue d’un donneur n’ayant aucun lien de parenté avec lui. Les irradiés seront sauvé, à l’exception de Zivota Vranic (24 ans) – trop fortement irradié. Cette opération, à la pointe du progrès médical en 1958, a constitué un progrès fondamental dans le traitement des leucémies.

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Zivota Vranic
Photo : Radio-Televizija Srbije (RTS)

Radojko Maksic est resté en contact toute sa vie avec le professeur Mathé, louant en toute occasion sa générosité et son courage comme médecin. Il a toujours exprimé sa gratitude envers les Parisiens qui avaient accepté de donner de leur moelle osseuse, alors que tous savaient qu’ils risquaient leur vie. Dans les mois qui ont suivi l’opération, les rescapés yougoslaves ont pu rencontrer les donneurs, avec qui ils sont restés amis jusqu’à la fin de leurs jours.

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Radojko Maksic et le professeur Mathé
Photo : Inserm / Catherine Gaston-Mathé

Par une triste ironie de l’histoire, le professeur Mathé est décédé le 15 octobre 2010, jour anniversaire de l’incident de Vinca. Après 1958, le professeur s’était plusieurs fois déplacé en Serbie, où il avait participé au développement de l’oncologie. Il s’était régulièrement rendu au centre clinique « Bežanijska kosa » pour prodiguer des soins à des personnes atteintes de cancers – refusant systématiquement de facturer ses soins à l’hôpital ou à l’Etat serbe. Il y a effectué plus de 1 000 consultations, toujours gratuites, allant jusqu’à faire venir certains patient à l’hôpital Paul Brousse de Paris pour assurer une meilleure prise en charge. En 2007, le centre clinique « Bežanijska kosa » a ouvert un centre d’oncologie, baptisé « Georges Mathé » en remerciement de son action.

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Plaque inaugurée le 25 octobre 2018 à l’Institut Vinca
Photo : Ambassade de France

Dernière modification : 26/10/2018

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