Il y a cent ans, Belgrade était libérée ! [sr]

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Le 1er novembre 1918, les troupes serbes et françaises commandées par le maréchal Franchet d’Espérey et le Régent Alexandre entraient dans Belgrade, libérant la capitale serbe après trois années d’occupation et d’épreuves, et marquant une étape décisive vers la fin de la guerre – désormais toute proche.

Pour les soldats serbes, cette libération marquait le couronnement de leurs efforts et apportait enfin la preuve que les souffrances inouïes vécues par leur pays et leurs compatriotes depuis 1914 n’avaient pas été endurées en vain. Ayant résisté un an et demi à 1 contre 3 avant d’être contraints à une douloureuse retraite via les montagnes d’Albanie en octobre-décembre 1915, les soldats serbes rentraient maintenant chez eux en vainqueurs après trois années supplémentaires d’épreuves. 1,25 millions de leurs compatriotes, près du tiers de la population, avaient payé de leur vie cette victoire chèrement acquise pour leur liberté, dans un pays dévasté par 4 ans de conflit et d’occupation.

Pour les soldats français, cette entrée dans Belgrade marquait également l’aboutissement d’efforts endurés loin de leur terre, pour des alliés serbes qu’ils appuyaient depuis 1914. Ces 225 000 Français venaient d’apporter une contribution déterminante à la victoire alliée de 1918, s’avançant contre le flanc sud des Puissances centrales, tandis que leurs compatriotes reprenaient l’offensive sur le Front de l’ouest depuis juillet 1918. De retour en France début 1919, ils allaient retrouver un pays ravagé par la guerre et endeuillé par la perte de 1,4 million de ses habitants avec – pour eux – l’amertume d’être injustement considérés comme les acteurs d’un front prétendument secondaire.

En libérant Belgrade, soldats serbes et français parachevaient une victoire commune, initiée un mois plus tôt et largement payée du sang de leurs frères d’arme. En dépit des souffrances, des sacrifices, des privations, des blessures et du traumatisme de la guerre que beaucoup allaient garder dans leur chair pour de nombreuses années, ils venaient d’atteindre un double résultat dont ils avaient tout lieu d’être fiers : libérer la Serbie et contribuer à la victoire finale des alliés.

Leur combat commun, mené depuis 1914, a donné toute sa signification à l’amitié historique entre la Serbie et la France. Si cette amitié remontait à Hélène d’Anjou et aux relations du 19ème siècle, l’ampleur des sacrifices consentis et des souffrances endurées ensemble pour libérer la Serbie a véritablement noué une fraternité du sang versé entre les deux pays. Après la guerre, nombreux ont été les Serbes à venir étudier ou travailler en France, suivant en cela la route tracée par les 4 000 étudiants ayant fini leur études en France de 1914 à 1918. Certains soldats français sont restés en Serbie après y avoir fondé une famille, s’établissant ainsi sur une terre des Balkans dans laquelle reposent à jamais près de 40 000 de leurs camarades.

1er novembre 1918-1er novembre 2018 : cent ans ont passé depuis la libération de Belgrade. Cent années qui, pour les anciens alliés, ont été marquées par de nouvelles souffrances, ponctuées de peines et de joies, et parfois d’incompréhension sous le signe d’une amitié durable malgré tout. Cents ans plus tard, pour rendre hommage aux souffrances et aux sacrifices de nos ancêtres, il nous appartient – Serbes et Français – d’œuvrer à ce que leur mémoire demeure vivante, pour que sur les fondations de notre passé tourmenté nous construisions notre avenir.

A la mémoire de ceux qui, pour notre futur, ont sacrifié leur présent.

« Le tombeau des héros est le cœur des vivants »
André Malraux, « Oraison à Jeanne d’Arc », 8 mai 1961

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Dernière modification : 31/10/2018

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