L’Ambassadeur de France pour le portail Nova.rs : L’Europe ne sera plus la même [sr]

La pandémie a changé le mode de vie, non seulement des pays européens, mais aussi des pays du monde entier. La pandémie a changé le mode de vie, non seulement des pays européens, mais aussi des pays du monde entier. Outre le Coronavirus, la France a également été touchée par d’horribles attentats terroristes, mais ensemble, nous nous battrons pour reprendre une vie normale et renouer avec « l’art de vivre à la française, même si les choses ne seront plus jamais exactement les mêmes, a déclaré Jean-Louis Falconi, ambassadeur de France à Belgrade, pour le portail Nova.rs.

Journaliste : Ana Vušović Marković 22. Nov. 2020

Retrouvez le texte en serbe sur le portail de NOVA S

“L’épidémie s’est brutalement accélérée en France comme dans toute l’Europe dès la fin de l’été. Nous déplorons plusieurs centaines de morts chaque jour et le système hospitalier, dont la saturation n’est pas atteinte, est néanmoins en forte tension.

Face à ce constat, le gouvernement a pris des mesures visant à préserver la santé des habitants, tout en essayant d’en limiter l’impact économique. C’est toute la difficulté à laquelle sont aujourd’hui confrontées nos autorités. ” dit l’ambassadeur Falconi au début de notre entretien.

“Le confinement” montre déjà des résultats

Depuis le 28 octobre, toutes les personnes qui peuvent travailler à distance doivent impérativement le faire.

“Celles dont le travail nécessite une présence physique sont, en revanche, invitées à s’y rendre, tout en bénéficiant de transports en commun moins saturés. Les commerces non-essentiels sont fermés et l’on ne peut sortir que muni d’une attestation. Pour compenser les personnes travaillant dans des secteurs désormais inactifs, comme la restauration, le tourisme et certaines industries, il existe des aides de l’Etat, des plans sectoriels de relance et diverses facilités. C’est un confinement plus souple qu’au printemps, qui semble néanmoins déjà porter ses fruits dans les métropoles les plus touchées, bien qu’il soit encore trop tôt pour le confirmer.” explique l’ambassadeur Falconi.

La pandémie a changé le mode de vie des pays européens, mais aussi des peuples du monde entier, et une fois que tout sera terminé, plus rien ne sera pareil.

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La pandémie a profondément bousculé l’Europe

“Je ne pense pas que la France sera le même pays qu’avant la pandémie, pas plus que l’Europe ou le monde. D’abord, cette pandémie est lourde de conséquences sur le plan sanitaire et économique. En France, à la fin-juillet, c’est 470Mds€ qui ont été mobilisés pour faire face aux conséquences de la crise.

Dans le même temps, je n’oublie pas que certains grands bouleversements de l’Histoire ont donné lieu à de nouveaux départs. Les métiers vont évoluer : la nature des services en ligne (Certains commerces sont en train par exemple de s’adapter aux achats en ligne pour pouvoir survivre) ; la nature de la gestion des entreprises ou des organisations, avec une plus grande souplesse vis-à-vis du télétravail. Même le rapport à la vie et la philosophie qui en découle va évoluer. L’Europe occidentale vivait depuis plusieurs décennies dans un environnement relativement protégé. Cette pandémie bouscule cela profondément et nous prenons tous conscience, au fond de nous, de la force du terme « enjeu global », auquel il nous faut répondre collectivement.” explique Falconi.

L’ aide provenant de Bruxelles est importante.

“Malgré des débuts difficiles en mars, la solidarité européenne s’est renforcée au cours de cette crise, tous les Etats-membres ayant apprécié la nature des aides économiques et logistiques provenant de Bruxelles.

Je souhaite aussi souligner que la solidarité européenne ne s’arrête pas aux frontières de l’espace Schengen, mais concerne également les Balkans. Ainsi la Serbie a reçu cette année 93 millions d’euros d’aide de l’UE, non remboursable, pour faire face aux conséquences les plus urgentes de la crise sanitaire. C’est une preuve supplémentaire et concrète de l’engagement de l’UE dans le pays
” souligne l’ambassadeur de France.

Les terroristes veulent provoquer la désagrégation et la division des sociétés européennes

En plus des victimes du virus et de ses conséquences profondes sur la vie quotidienne, la France a été confrontée à d’horribles attentats terroristes, qui ont endeuillé le pays.

“La France a été sévèrement touchée par le terrorisme ces dernières années, qui y a fait des centaines de morts : les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher, le Bataclan en 2015, ou encore sur la promenade des Anglais à Nice en 2016 sont ancrés dans les mémoires. L’assassinat barbare en octobre 2020 du professeur d’histoire Samuel Paty puis des victimes de la cathédrale Notre-Dame de Nice nous rappellent amèrement que le risque est toujours bien présent sur notre territoire. Je souhaite d’ailleurs exprimer toute ma reconnaissance aux autorités et aux nombreux citoyens serbes qui ont témoigné de leur sympathie au peuple français, sur les réseaux sociaux notamment.Malheureusement, l’actualité de ces dernières années démontre que ces attaques ne se limitent pas au territoire français. Londres, Bruxelles, Madrid ont été touchés et très récemment Vienne a rejoint cette funeste liste. En Europe comme en France, en raison des valeurs communes qui nous animent, en raison de notre attachement aux libertés, nous restons des cibles privilégiées du terrorisme jihadiste. ” a dit Falconi pour Nova.rs.

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Le terrorisme veut provoquer la désagrégation et la division des sociétés européennes ; souligne Falconi.

“Aujourd’hui nous faisons face à une menace diffuse et imprévisible, qui vise à susciter la désagrégation et le cloisonnement des sociétés de nos différents pays. C’est pour cela que, maintenant et plus que jamais, nous devons rester unis derrière notre idéal démocratique et ne pas tomber dans le piège qui nous est tendu, celui du repli identitaire, de la division, de la réduction des libertés et du renoncement à nos valeurs. Nous ne devons pas renoncer aux valeurs inclusives qui caractérisent notre modèle de société.

Malgré tout cela, je veux rester optimiste : nous devons poursuivre un travail collectif, sur plusieurs niveaux, pour lutter contre les groupes terroristes qui agissent en Europe.”

Contre les terroristes, nous devons lutter collectivement

“Contre cette menace, nous devons lutter collectivement. Cela s’opère sur plusieurs plans. A l’échelon international, des coalitions auxquelles la France prend part, mais aussi la Serbie, mettent leurs forces en commun pour appuyer les Etats les plus touchés par le terrorisme. A titre d’exemple, la France est présente au Sahel depuis 2014 dans le cadre de l’opération Barkhane, à la demande des Etats bénéficiaires (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Cela s’insère dans la stratégie sahélienne de la France, qui œuvre pour que les Etats partenaires puissent assurer leur sécurité de manière autonome. Au volet « défense » s’ajoute un volet politique et de développement. S’ajoute également un fort engagement européen, auquel la Serbie contribue par des missions de formation dans le cadre d’EUTM Mali.
A l’échelon européen, la lutte contre le terrorisme figure en bonne place dans l’agenda de l’UE, en particulier depuis les attentats qui ont touché la France en 2015. Des attaques ont été déjouées grâce à une meilleure coordination entre forces de sécurité, par des échanges d’information et partages de fichiers de données.

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Dans ce cadre, un centre européen de lutte contre le terrorisme a vu le jour au sein d’Europol en 2016.

“Nous avons adopté la même année ce que l’on appelle le PNR, pour « passenger name record », base de données commune des passagers permettant de renforcer les contrôles aux frontières et tracer certains déplacements, dans le cadre d’enquêtes. Le Président de la République, M. Emmanuel Macron, souhaite profiter de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, au premier semestre 2022, pour lancer une réforme de l’espace Schengen destinée à renforcer la solidité des frontières extérieures de l’UE et à disposer de nouveaux moyens pour démanteler les réseaux terroristes. Des propositions devraient être faites dès décembre 2020 afin de lancer une réflexion européenne. Je voudrais enfin souligner l’importance que revêtent les pays des Balkans dans ce travail, en tant qu’actuels partenaires et futurs membres de l’Union européenne. Le plan d’action conjoint contre le terrorisme signé avec l’UE en octobre 2018 a constitué à cet égard un pas très important pour coordonner nos efforts, et je me félicite de voir la coopération régionale se développer en matière de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme.”

“Merci à la Serbie pour sa coopération”

La coopération entre les autorités et ministères serbes et français est excellente.

“le plus important pour moi en tant qu’ambassadeur en Serbie, je veux saluer l’excellente coopération entre les autorités et ministères serbes et français (Intérieur, Défense, services de renseignement…) dans la lutte contre ce terrorisme. Les échanges sont nombreux, nous apprenons et nous enrichissons beaucoup les uns des autres, avançons ensemble et main dans la main dans la même direction dans la formation et au plan opérationnel. Nous avons quelques beaux succès à mettre à notre actif et j’en remercie la Serbie.”

La France fait tout pour déjouer des projets d’attentats et des actions de déstabilisation.

“En France, et dans l’immédiat, les forces de l’ordre et les services compétents sont pleinement mobilisés pour démanteler les réseaux qui agissent sur le territoire national. Les moyens de nos services de renseignement ont été accrus dans des proportions considérables ces cinq dernières années et nous ont permis de déjouer des projets d’attentats et des actions de déstabilisation. A moyen et plus long terme, il y a un travail à réaliser pour limiter le phénomène de radicalisation, sur internet, dans des structures clandestines. Il y a des mécanismes psychologiques assez connus derrière ce phénomène : une perte de sens, la recherche d’un idéal et d’une cause. Ceci a existé à toutes les époques (l’anarchisme au début du XXème siècle, la Fraction armée rouge en Allemagne dans les années 70…) et cette quête est aujourd’hui instrumentalisée chez des individus instables par des idéologues qui dévoient les enseignements de l’Islam. ” explique Jean-Louis Falconi.

Le gouvernement français œuvre au renforcement de son modèle républicain, par une politique favorisant l’égalité des chances.

“Il le fait via le système éducatif et des politiques sociales. Le projet de loi contre les séparatismes a également vocation à renforcer la laïcité et maintenir un certain contrôle de l’Etat sur les Imans, comme c’est le cas avec tous les autres cultes, ainsi que sur les structures pédagogiques privées, pour éviter le développement d’environnements idéologiques prônant la haine et la violence, niant les valeurs promues par la République : la liberté, l’égalité des chances, la fraternité sans distinction d’origine.”

Dissocier la question de l’immigration de celle du terrorisme.

Il ne faut pas faire l’amalgame entre religion musulmane et terrorisme djihadiste.

“Ce terrorisme s’appuie sur un corpus de croyances dénaturées permettant l’embrigadement de jeunes fragiles psychologiquement. L’Islam est la seconde religion de France ; les citoyens musulmans de France sont dans leur très grande majorité nés sur le sol français ; ils sont issus de l’immigration, celle de leurs parents ou de leurs grands-parents, qui proviennent de pays avec lesquels nous avons des liens historiques. Nous devons donc dissocier la question de l’immigration de celle du terrorisme. S’agissant de l’immigration, il faut que les règles d’entrée sur le territoire français soient respectées. A cette fin, le Président de la République souhaite renforcer la sécurité aux frontières extérieures de l’UE afin de lutter contre l’immigration clandestine et les réseaux terroristes qui s’y infiltrent. Il est vrai que l’attentat de Nice a été commis par un homme très récemment arrivé clandestinement en Italie, à Lampedusa, mais il ne faut pas perdre de vue que la plupart des attentats sont commis par des citoyens qui sont nés et qui ont grandi sur le territoire européen. La lutte contre le terrorisme ne doit pas se limiter à la seule gestion des frontières.”, dit l’ambassadeur.

La pandémie est anxiogène mais provoque également un regain de solidarité

Cette période est extrêmement anxiogène, souligne Falconi, et c’est une des conséquences les plus grave de la pandémie.

“Ce sentiment est encore stimulé par l’effet multiplicateur des réseaux sociaux où chaque voix, raisonnable ou non, est démultipliée. Gérer une telle période représente un défi majeur pour le gouvernement et les services publics, mobilisés sur beaucoup de fronts en même temps. Je salue en cela la grande résilience des Français, qui s’adaptent au mieux aux circonstances. La vie continue, elle est plus forte que tout : les liens sociaux sont maintenus par d’autres moyens, en cette période de confinement ; les gens prennent plus de nouvelles les uns des autres ; la culture continue en ligne, c’est l’effet positif des nouvelles technologies ; de nouveaux artistes et comédiens se révèlent à travers la toile. Il est magnifique de voir comment cette période génère à la fois des angoisses, mais aussi de magnifiques gestes de solidarité spontanés partout en France à l’égard des plus démunis, des personnes âgées, des soignants…”

Cependant, les épreuves traversées n’entament en rien l’art de vivre à la française.

“Dès que la situation le permettra, les restaurants et les cafés retrouveront leur joie de vivre. Entre deux vagues de Covid-19, cet été, les Français et les résidents en France ont redécouvert leur territoire et leur patrimoine, en pratiquant de nouveau un « tourisme de proximité » qui s’était un peu perdu pour certains, plus attirés par des contrées lointaines. J’ai l’impression que les Serbes en ont fait de même, comme me l’ont dit les higoumènes de plusieurs magnifiques monastères visités récemment qui ont accueilli beaucoup plus de visiteurs, essentiellement de Serbie, qu’à l’habitude.”

Macron parmi les premiers à avoir félicité Biden.

“Les Américains ont fait leur choix et le Président de la République a été l’un des premiers à féliciter Joe Biden et Kamala Harris pour leur victoire. Ce changement d’administration est aussi l’opportunité de se lancer dans un dialogue renouvelé, une nouvelle relation transatlantique avec les Etats-Unis, alliés majeurs pour la France comme pour l’UE. Nous devons relever ensemble les défis internationaux qui se présentent à nous, aussi bien sur les thématiques sécuritaires que sur celles relatives à l’économie ou encore les enjeux globaux comme la santé et le changement climatique. Nous espérons une relance du multilatéralisme, que l’Europe n’a jamais cessé de défendre. S’agissant des Balkans, le renforcement de la coordination entre Bruxelles et Washington ne pourra qu’être bénéfique à la bonne poursuite du dialogue entre Belgrade et Pristina. ” dit Jean-Louis Falconi.

Dernière modification : 24/11/2020

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