La France en Serbie, l’histoire de la création d’une Ambassade (1839-1879) [sr]

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La relation franco-serbe a débuté dès le Moyen-Age avec, notamment, le mariage d’Hélène d’Anjou et du roi de Serbie Uros Ier. Mais son développement à l’époque moderne repose en large partie sur l’établissement de la relation diplomatique franco-serbe, il y a 180 ans, avec de la création de l’« Agence consulaire de Belgrade » en 1839. Une histoire riche, ponctuée d’évènements historiques majeurs, dans lesquels se rencontrent plusieurs acteurs célèbres de l’histoire des deux pays.

1/ Les premières origines des relations franco-serbes au Moyen-Age

A/ Les premiers contacts politiques entre France et Serbie remontent au XIIIème siècle

En 1245, Hélène d’Anjou épouse le roi de Serbie Stefan IV Uroš Ier. Ce premier rapprochement entre les deux pays a été consolidé en 1255, par une première alliance diplomatique entre les familles royales des deux pays - qui allait durer près de cent ans.

Ce rapprochement franco-serbe au Moyen-Âge allait reposer, du côté français, sur des rois restés parmi les plus marquant de l’histoire de France : Louis IX / Saint Louis (règne de 1226 à 1270 ; canonisé en 1297), Philippe III (règne de 1270 à 1285) et Philippe IV le Bel (règne de 1285 à 1314).

De 1245 aux années 1330, des liens réguliers existent entre la France et la Serbie, alors que plusieurs princes français règnent sur des Etats des Balkans (Empire latin de Constantinople jusqu’à 1261) ou sont apparentés à des rois, princes ou autres nobles de la région.

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Hélène d’Anjou est née en 1237 et décédée en 1314. Son origine reste sujette à discussion. Elle pourrait être la fille de l’Empereur latin de Constantinople Baudouin II de Courtenay - lui-même issu de la maison capétienne de Courtenay, une branche de la famille royale de France. D’autres théories estiment qu’elles pourrait être issue de ce qui deviendrait plus tard la famille de Valois - qui règnera sur la France de 1328 à 1589. Hélène d’Anjou est donc, quoi qu’il en soit, issue de la haute noblesse française, vraisemblablement liée à la famille royale.
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Ayant épousé le roi de Serbie Uros Ier en 1245, elle s’est employée à construire des monastères et à fournir secours et instruction aux pauvres, aux orphelins et aux jeunes filles de familles démunies. Son action lui a valu d’être canonisée par l’Eglise orthodoxe après sa mort. Reine très pieuse, elle finira sa vie comme religieuse au monastère de Gradac, après que son mari ait été évincé du trône en 1276.
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Né en 1223, Uros Ier est issu de la dynastie des Nemanjic. Il a régné sur la Serbie de 1243 à 1276. Il parvient longtemps à assurer la prospérité de son royaume, assurant la paix avec ses voisins et notamment avec l’Empire byzantin - aidant même Michel VIII Paléologue à reconquérir Constantinople (1261). En 1245, il épouse Hélène d’Anjou et, en 1255, se rapproche diplomatiquement de la France. Il concrétise cette politique en 1273, en nouant la première alliance militaire franco-serbe - avec le prince Charles d’Anjou (frère du roi de France Louis IX). Mais Uros Ier perd le trône en 1276, après une défaite contre la Hongrie et meurt peu après.

B/ Une première alliance militaire franco-serbe (1273 et 1308)

Une nouvelle alliance franco-serbe, militaire cette fois, est conclue en 1273, entre le prince Charles d’Anjou (un des frères de Louis IX) et le roi de Serbie Uros Ier. Charles d’Anjou souhaitait alors rétablir l’Empire latin de Constantinople, reconquis en 1261 par l’Empire byzantin. Le roi de Serbie, de son côté, espérait que l’appui de troupes françaises l’aiderait à sécuriser la frontière sud de son royaume, alors peu sûre. Mais dès 1273, le Pape Grégoire X interdit à Charles d’Anjou de mener ses opérations dans le sud des Balkans et l’expédition prévue est annulée.

Le prince Charles d’Anjou (1227-1285)
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Trente-cinq ans plus tard, l’idée d’une expédition française dans les Balkans est reprise par le prince Charles de Valois, fils du roi de France Philippe III. Charles de Valois noue alors la deuxième alliance militaire franco-serbe en 1308, avec le roi de Serbie Stefan Uros II Milutin - chacun des deux protagonistes agissant pour des motifs proches de ceux de l’alliance de 1273. Ne disposant pas de principauté en France mais ayant hérité par son épouse du titre d’Empereur latin de Constantinople (disparu en 1261), Charles de Valois espérait ainsi que l’aide de la Serbie lui permettrait de se constituer un Etat dans le sud des Balkans. De son côté, Stefan Uros II Milutin espérait que l’appui d’un contingent français lui permettrait d’étendre les conquêtes qu’il avait réalisé dans le sud des Balkans dans les années 1280.

Cette convergence d’intérêts explique cette nouvelle alliance (1308) et l’envoi en Serbie de troupes françaises sous le commandement de Thibaut de Chépoy. Ce capitaine de l’armée royale, amiral et maître des arbalétriers de France, était un proche de Charles de Valois, pour qui il avait mené campagne en Aragon en 1285 puis en Europe du sud-est et en Orient. De 1308 à 1310, avec son frère et son fils, Thibault de Chépoy combat aux côtés des troupes de Stefan Uros II Milutin dans le sud des Balkans - sur des champs de bataille où, 610 ans plus tard, Français et Serbes combattront à nouveau ensemble sur le Front de Salonique en 1918.

Pendant deux ans, le capitaine de Chépoy s’efforce d’acquérir des territoires pour Charles de Valois mais, faute de soutien diplomatique des cours européennes, l’entreprise échoue en 1310. Rentré en France en avril 1310, il décède finalement en 1311 ou 1312 - vraisemblablement à Paris.

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Né en 1270, Charles de Valois est un fils de Philippe III et petit-fils de Louis IX. Il est le fondateur de la famille de Valois, qui règnera de 1328 à 1588. En 1282, alors que les Siciliens chassent leur roi Charles d’Anjou au profit d’un prince aragonais, le Pape et le roi de France font désigner Charles de Valois roi de Sicile. En 1285, Philippe III et Charles de Valois mènent une expédition contre les Aragonais, qui échoue. En 1292, Charles combat le comte de Hainaut puis mène deux campagnes en Flandres, alliée de l’Angleterre, en 1297 et 1300. En 1300, il épouse Catherine de Courtenay, héritière du titre d’Empereur latin de Constantinople. Cet empire a disparu en 1261 mais le titre permet à Charles de justifier des expéditions pour se constituer une principauté méditerranéenne. En 1302, il essaie de reconquérir la Sicile mais échoue une fois encore. Il rentre en France où le roi Philippe IV le charge de venger sa défaite de Courtrai, en Flandres, en 1302. Il participe alors à la campagne de 1303-1304, qui se solde par un succès limité.
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En 1306, Charles envisage de reconstituer à son profit l’Empire latin de Constantinople et signe un accord avec le Pape, Venise, l’Aragon et l’Arménie. Surtout, en 1308, il noue une alliance avec la Serbie de Stefan Uros II. Mais l’expédition échoue faute de soutien diplomatique des cours européennes. Rentré en France, il annexe Lyon à la France pour le compte de Philippe IV (1310-1312) puis mène une nouvelle campagne en Flandres (1313). Il est ensuite un conseiller des rois Louis X (1314-1316), Philippe V (1316-1322) et Charles IV (1322-1328). Il meurt en 1325.
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Né en 1253, Stefan Uros II Milutin est le fils du roi Uros Ier et d’Hélène d’Anjou. Il règne sur la Serbie de 1282 à 1321. Après une difficile crise de succession au cours de laquelle il écarte son frère du pouvoir (1282), il se lance à la conquête de la Macédoine dans les années 1280. De 1292 à 1299 il doit faire face à un dur conflit avec la Bulgarie, parvenant difficilement à rétablir la paix. Ces succès obligent l’Empire byzantin à reconnaitre les conquêtes serbes en 1299, acceptant une alliance avec la Serbie. C’est après cette crise que Stefan Uros II Milutin s’allie à Charles de Valois, dans l’espoir qu’une campagne franco-serbe dans le sud des Balkans lui permette d’étendre ses territoires plus au sud en Macédoine. L’entreprise achoppe cependant.
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En 1312, Stefan Uros II Milutin envoie une armée en Asie mineure pour aider les Byzantins contre les Turcs. En 1314, son fils essaie de l’écarter du trône mais échoue dans une crise de succession qui conduit la Hongrie à lui déclarer la guerre. Vaincus, les Hongrois obtiennent l’aide du Pape et d’une coalition régionale, que Stefan Uros II Milutin bat en alliant diplomatie et force militaire. Il décède en 1321 et sera canonisé peu après. Son petit-fils, Stefan Uros IV Dusan portera la Serbie à sa plus grande extension territoriale jamais atteinte, devenant Empereur des Serbes.

C/ Une relation distendue au XIVème siècle alors que les deux pays luttent pour leur survie

Moins d’un siècle plus tard, la Serbie et la France luttaient l’une et l’autre pour leur survie : la Serbie face à l’Empire ottoman ; la France dans la Guerre de Cent ans. La gravité de leurs situations respectives les empêchaient alors de s’aider mutuellement.

Pourtant, en septembre 1389, alors que l’on rapportait à Charles VI que les Serbes auraient vaincu les Ottomans, le roi de France aurait fait sonner les cloches de Notre Dame pour saluer cette victoire d’un pays ami. Il semble cependant que cet évènement ait en fait eu lieu en 1395 suite à la bataille de Rovine (Valachie) : la chronique de l’époque ayant mentionné à tort la mort du sultan, l’évènement aurait été associé à la bataille du Champ des Merles.

Ayant finalement remporté la Guerre de Cent ans en 1453, la France devait constater que la Serbie subissait l’occupation ottomane – empêchant la reprise de liens diplomatiques.

2/ Vers la reprise des relations entre la France et la Serbie (18ème et début 19ème siècles)

A/ Le regain de vigueur de la conscience nationale serbe (18ème siècle)

Malgré cette occupation, l’identité serbe ne s’est jamais éteinte et a connu un regain de vigueur à partir du 18ème siècle. De 1718 à 1739 puis de 1788 à 1791, l’occupation autrichienne d’une grande partie de la Sumadija a progressivement rouvert la Serbie vers le reste de l’Europe, conduisant à un regain de conscience nationale et à une première révolte en 1788. L’écho de la Révolution française puis de l’odyssée napoléonienne ont encore renforcé la volonté d’émancipation serbe. Cette volonté s’est traduite, bien sûr, avec la grande révolte de 1804 menée par Karadjordje. Ayant libéré l’essentiel du pays et mis en place un gouvernement provisoire, Karadjordje a obtenu de l’Empire ottoman la reconnaissance d’une Principauté autonome, par le Traité de Bucarest de 1812. Certes, il faudra le second soulèvement de 1815 pour obtenir sa mise en œuvre concrète à partir de 1817. Surtout, l’autonomie réelle du pays sera assurée par le Traité d’Andrinoples (1829), la reconnaissance de la monarchie serbe par l’Empire ottoman (1830) et l’adoption des premières constitutions en 1835 et 1838.

Le Prince Karadjordje de Serbie (1752-1817)

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B/ Pendant cette période, quel regard la France portait-elle sur la Serbie ?

Dans un premier temps, dans les années 1800-1810, le dur engagement de la Grande armée en Europe centrale, en Espagne puis en Russie, ainsi que la nécessité d’éviter une guerre avec l’Empire ottoman, empêchent Napoléon d’appuyer Karadjordje – alors même que l’empereur des Français avait exprimé son admiration pour le courage et la compétence militaire du chef de la révolte serbe. Malgré cela, à partir de 1809, les relations entre la Serbie et la France sont allées croissantes, après que les Provinces Illyriennes – territoire qui correspond à l’ensemble de la côte est de l’Adriatique – sont devenues parties intégrantes du territoire français (1809-1814), mettant en contact direct la France et les territoires serbes et inaugurant de premiers contacts économiques et culturels.

Napoléon Bonaparte, Empereur des Français (1769-1821)

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C/ Un intérêt économique et culturel nouveau de la France pour la Serbie (années 1820-1830)

A partir des années 1820-1830, un intérêt nouveau se manifeste pour la Serbie dans une France successivement dirigée par les rois Louis XVIII (1815-1824), Charles X (1824-1830) et Louis-Philippe Ier (1830-1848). De premières relations commerciales se tissent ainsi, longtemps limitées mais constamment croissantes.

Des écrivains français manifestent un vif intérêt pour la Serbie. Fondant leurs écrits sur des récits de voyageurs, ils décrivent avec la verve du Romantisme la géographie, la nature, la culture, la littérature et les traditions serbes. Parmi ces auteurs se distinguent Prosper Mérimée (« La Guzla », 1827), Louise Belloc (« Poésie populaire serbe », 1827), Elise Voïart (« Chants Populaires des Serviens », 1834), Stendhal (« Mémoires d’un touriste », 1837) et, surtout, Alphonse de Lamartine.

Alphonse de Lamartine (1790-1869)

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Alphonse de Lamartine est un des premiers grands auteurs français à se rendre en personne en Serbie. Il décrit abondamment le pays dans son célèbre « Voyage en Orient », publié en 1835. Arrivée sur place en septembre 1833, il sillonne le pays pendant plusieurs semaines. Ayant observé avec effroi la Tour des Crânes de Nis, érigée en 1809 par les Ottomans après la bataille de Cegar, il laisse sur place une inscription qui figure toujours sur ce lieu de mémoire :

« Qu’ils [les Serbes] laissent subsister ce monument ! Il apprendra à leurs enfants ce que vaut l’indépendance d’un peuple, en leur montrant à quel prix leurs pères l’ont payée ».

La Tour des cranes, à Nis, en 1878

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D/ Un intérêt croissant de la diplomatie française

Dans les années 1820 et 1830, la France s’efforce de rompre l’isolement dans lequel les traités de 1815 l’ont placé, ce qui explique ses interventions pour appuyer les Grecs et Belges dans leurs guerres d’indépendance, en 1827-1830 puis 1831-1832.

A partir de 1835 et la première constitution serbe, le consulat de France à Jassi (Roumanie) et l’Ambassade à Constantinople signalent au gouvernement français que le Royaume-Uni, la Russie, l’Autriche et la Grèce nouent des relations croissantes avec la Serbie, où le commerce français se développe aussi, de manière lente mais constante. Les diplomates encouragent dès lors les autorités françaises à nouer une relation officielle avec les autorités de la Principauté de Serbie.

3/ L’ouverture de la première représentation française en Serbie (1838-1839)

A/ vers une représentation française en Serbie (1838)

Dans ce contexte politique, économique et culturel favorable, le 1er novembre 1838, la Direction commerciale du Ministère des affaires étrangères, en charge d’une grande partie des questions consulaires à cette époque, adressait au ministre – le comte Louis-Mathieu de Molé – une note recommandant la création d’un consulat à Belgrade.

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Né en 1781 et décédé en 1855, le comte Louis-Mathieu de Molé, voit son père guillotiné en 1794 pendant la Terreur. Avec sa famille, il part en exil en Suisse puis au Royaume-Uni pendant deux ans mais reprend ses études en France dès 1796. En 1806, il est nommé auditeur au Conseil d’Etat - créé peu avant par Napoléon. Il est ensuite nommé préfet (1806-1809), réintègre le Conseil d’Etat (1809) puis est nommé directeur général des Ponts et chaussées (1809-1813). Il bénéficie alors de la confiance de Napoléon, qui le fait comte d’Empire (1809), puis le nomme ministre de la Justice en 1813. Déchu de ses fonctions en 1814, il est réintégré au Conseil d’Etat lors des Cent Jours (1815) et nommé Pair de France, mais il refuse le poste de ministre de la Justice que Napoléon souhaitait lui rendre.

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Louis XVIII le maintient au Conseil d’Etat et lui réattribue le poste de directeur général des Ponts et chaussées (1815-1817), avant de le nommer ministre de la Marine (1817-1818). Siégeant ensuite à la Chambre des Pairs (1818-1830), il s’inscrit dans les rangs des royalistes modérés. Après la révolution de 1830, le comte de Molé est brièvement nommé ministre des Affaires étrangères de Louis-Philippe Ier et retourne siéger à la Chambre des Pairs. Il est finalement désigné Premier ministre et ministre des affaires étrangères en 1836, poste qu’il occupe jusqu’à mars 1839 : c’est dans ces fonctions qu’il donne consigne de créer la première représentation française en Serbie, le 6 novembre 1838.

En 1840, il est élu à l’Académie française et se retire de la vie politique. Lors de la révolution de 1848, Louis-Philippe Ier essaie en vain de lui confier le gouvernement pour sauver la monarchie. Il est ensuite élu à l’Assemblée constituante, soutient la candidature du général Cavaignac à l’élection présidentielle de 1849 mais se rallie à Louis-Napoléon Bonaparte, sorti vainqueur du scrutin. Etant resté royaliste, il s’oppose cependant au coup d’Etat de 1851, se retire de la vie publique et décède en 1855.

B/ Le comte de Molé crée l’Agence consulaire française à Belgrade

Le 6 novembre 1838, le comte de Molé décide formellement la création d’une première représentation française à Belgrade, sous le nom d’« Agence consulaire française en Serbie » – un terme qui renvoyait à la nomination en Serbie d’un vice-consul rattaché au consulat de France à Constantinople. Pour autant, à titre dérogatoire et exceptionnel, le ministre autorise ce poste à correspondre directement avec l’Ambassadeur de France à Vienne, plutôt qu’à Constantinople, dont il dépend pourtant – donnant à sa mission une vocation bien davantage diplomatique que consulaire. Le ministre choisit de confier la direction de cette nouvelle Agence consulaire à François Duclos.

Né en 1785, François Cassien André Blanc Duclos avait intégré le ministère des affaires étrangères en 1834 et avait été vice-consul de France à Jassi (Roumanie) de 1834 à 1838. En 1838, la Direction commerciale l’avait recommandé au ministre, en le considérant comme un des meilleurs connaisseurs des Balkans dans le ministère. En effet, depuis 1834, M. Duclos avait effectué plusieurs voyages en Europe du sud-est, qui l’avaient amené à suivre de près la situation régionale. Il s’était fait remarquer, en outre, par sa capacité à observer et à rendre compte avec finesse des complexités de la région.

C/ Le voyage du vice-consul Duclos de Paris vers Constantinople

Après avoir reçu ses instructions du ministre le 29 novembre 1838, M. Duclos quitte Paris le 13 décembre pour se rendre à Marseille où, le 2 janvier 1839, il embarque à destination de Constantinople. Il atteint sa destination le 16, après 14 jours de mer qui ont été une véritable épreuve : pris dans une terrible tempête au large de l’Italie son navire avait failli sombrer.

A Constantinople, le 1er février, M. Duclos rencontre l’Ambassadeur de France auprès de l’Empire ottoman, l’amiral Albin Roussin. Le 22 février, l’Ambassadeur lui remet son brevet de vice-consul, après que les autorités ottomanes aient donné leur accord. Lors de son séjour à Constantinople, M. Duclos rencontre la délégation serbe qui venait de négocier avec le gouvernement ottoman l’acceptation de la constitution de 1838. Parmi eux, un conseiller personnel du Prince Milos, M. Zivanovic, parlait couramment le Français, permettant à M. Duclos de nouer un premier contact avec des représentants serbes. Il fera même une partie de son chemin vers Belgrade en compagnie de cette délégation.

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Né en 1781 et décédé en 1854, Albin Roussin s’engage dans la marine comme simple mousse en 1793. Il participe à plusieurs campagnes navales en Flandres, Norvège, Saint-Domingue et Irlande (1794-1796). Il se retire ensuite dans sa famille pour préparer l’examen d’aspirant, qu’il réussit en 1801. Il participe alors à la campagne de Martinique (1802) puis est affecté à l’Ile de France, à partir de laquelle il prend part à de multiples combats navals contre les Britanniques dans l’Océan indien, jusqu’à 1811. Nommé lieutenant de vaisseaux (1807), il combat aux Indes néerlandaises, capturant plusieurs navires. En 1808, alors qu’il est commandant en second du Iéna, il mène un dur combat contre une frégate britannique avant d’être capturé. Libéré en 1809, il prend le commandement en second de la Minerve et participe à la capture de trois navires de guerre britanniques en 1810. Il est alors nommé capitaine de frégate et fait chevalier de la Légion d’honneur. Rentré en France en 1811, il est nommé au commandement de La Corée, et parvient encore à capturer plusieurs navires britanniques au large de la France et de l’Espagne (1811-1813).

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Nommé capitaine de vaisseau en 1814, il se rallie à Louis XVIII lors des Cent-Jours. De 1816 à 1822, il commande des navires envoyés explorer les côtes africaines et brésiliennes. Il est alors fait baron par Louis XVIII (1820) puis élevé au grade de contre-amiral (1822). L’amiral Roussin commande ensuite une division navale dans l’Atlantique (1824) et devient membre du conseil de l’amirauté (1825). Il commande la flotte française au blocus de Rio de Janeiro (1828) puis lors de la victoire navale du Tage (1831), après avoir participé à l’expédition d’Alger (1830). Il est nommé vice-amiral et préfet maritime de Brest (1831) puis est fait Pair de France par Louis-Philippe Ier (1832).

Le roi le nomme ensuite Ambassadeur de France à Constantinople, d’où il est rappelé en 1839. C’est dans ces fonctions qu’il accueille François Duclos à Constantinople en février 1839 et obtient des autorités ottomanes son accréditation comme vice-consul français à Belgrade. L’amiral Roussin est ensuite ministre de la Marine à deux reprises (1840 et 1843). Après la révolution de 1848, il soutien Louis-Napoléon Bonaparte à l’élection présidentielle de 1849 et devient membre du Sénat d’Empire en 1852. Il décède en 1854.

Parti de Constantinople le 21 février 1839, M. Duclos parvient à Nis à la fin du mois : il y observe la Tour des Cranes, qui le choque suffisamment pour l’amener à la citer dans le premier rapport qu’il adressera au ministre peu après. Le 7 mars, M. Duclos arrive à Aleksinac, où se trouvait alors une quarantaine de 21 jours pour entrer sur le territoire de la Principauté de Serbie. Par égard spécial pour le représentant français, le Prince Milos avait toutefois donné l’ordre aux douanes serbes de réduire la procédure à 10 jours.

Le Prince Milos Obrenovic de Serbie (1780-1860)

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D/ Le rétablissement des relations diplomatiques franco-serbes (mars 1839)

Finalement, le 18 mars, M. Duclos atteint Kragujevac, capitale du Prince Milos Obrenovic – qui souhaitait ainsi se tenir éloigné du commandement turc, établi à Belgrade. Le lendemain, le 19 mars 1839, le Prince reçoit le représentant français en réception officielle, à laquelle M. Duclos se présente en tenue d’apparat afin de remettre officiellement ses lettres de créance. Cet entretien entre M. Duclos et le Prince est le premier à avoir lieu de manière officielle entre un représentant français et un Prince serbe depuis 1308. Les relations diplomatiques entre la France et la Serbie avaient été interrompues en 1389 par la bataille de Kosovo Polje ; elles sont officiellement rétablies à Kragujevac, 450 ans plus tard.

La "Vieille Assemblée" à Kragujevac - il est probable que les premiers échanges entre le Prince Milos et M. Duclos, en 1839, y aient eu lieu

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Pour cette première rencontre, le Prince et M. Duclos se limitent à un échange introductif cordial. Le représentant français notera plus tard à propos du Prince que « tout en lui annonce la force du corps et de la volonté », avec « un sourire des plus gracieux » et qu’« alors qu’on le dit âgé de 60 ans, il ne parait pas en avoir 50 ». A la suite de cet entretien, M. Duclos rencontre à Kragujevac les membres du gouvernement serbe puis le consul de Russie, M. Wastchenko – nouant une relation de travail que les évènements aller rapidement montrer précieuse.

E/ L’ouverture de l’Agence consulaire française de Belgrade

M. Duclos part pour Belgrade le 22 mars 1839, où il arrive le lendemain. A la demande du Prince, il lui est fait l’honneur de s’installer provisoirement dans une chambre de la résidence royale de Belgrade – le Milosev Konak – à proximité immédiate des logements de certains ministres, ce qui facilite grandement l’établissement de ses premiers contacts en Serbie. C’est là qu’intervient le dernier acte de l’établissement des relations franco-serbes intervient le 24 mars, lorsque M. Duclos se présente au représentant de l’Empire ottoman à Belgrade, le vizir Youssouf Moublir, qui l’accueille avec sept coups de canon et une garde d’honneur présentant les armes. M. Duclos lui remet sa lettre du gouvernement ottoman l’accréditant comme représentant français à Belgrade. Ce 24 mars, la France officialise juridiquement la création de sa représentation en Serbie et l’établissement de ses relations avec les autorités autonomes serbes.

Le Milosev Konak - résidence princière à Belgrade, dans laquelle M. Duclos a été admis à s’installer temporairement en 1839
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4/ Les débuts de la présence diplomatique française en Serbie – vers la création d’un consulat (1839)

A/ Une mission courte mais intense de M. Duclos à Belgrade (mars-juillet 1839)

Le séjour de M. Duclos en Serbie sera de courte durée, puisqu’il quitte son poste dès le 30 septembre 1839. Il n’en aura pas moins été riche en évènements. Sa tâche principale était en fait d’ouvrir la représentation, notamment en identifiant à Belgrade un bâtiment pour l’accueillir, alors que les combats des années 1804-1817 avaient détruit de nombreux édifices et que la reconstruction avait été lente. Cette mission lui imposera plusieurs semaines de travail laborieux avant d’identifier une maison du centre-ville dans un état convenable. Ceci lui permet de quitter assez rapidement le Milosev Konak, pour s’installer en ville.

Mais surtout, le 13 juin 1839, à peine trois mois après son arrivée, M. Duclos assiste à l’abdication du Prince Milos en faveur de son fils, le Prince Milan, à la mort de ce dernier le 8 juillet et à l’arrivée sur le trône du Prince Mihailo Obrenovic. La période est marquée par un affaiblissement de l’exécutif, dans un contexte de tension persistante entre la Serbie et l’Empire ottoman. Au-delà de sa mission d’ouvrir l’Agence consulaire, M. Duclos doit ainsi décrypter des évènements qui s’enchainent rapidement et d’une grande complexité, mais aussi accueillir une première délégation française à Belgrade... dans des conditions hautes en couleur.

B/ D’une Agence consulaire à un Consulat (été 1839)

Les premiers comptes-rendus de M. Duclos amènent le gouvernement français à réaliser l’importance croissante de la Serbie pour la diplomatie européenne. Le nouveau ministre est alors Jean-de-Dieu Soult, ancien maréchal de Napoléon au parcours exceptionnel (cf. encadré). Le 8 juillet 1839, le maréchal Soult ordonne de rehausser le rang protocolaire de la représentation française à Belgrade, l’« Agence consulaire de Belgrade » étant transformée en « Consulat de deuxième classe ».

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Né en 1769, Jean-de-Dieu Soult s’engage comme simple soldat dans l’armée royale en 1785, puis connait une ascension très rapide, à la faveur de la Révolution. Sergent en 1791, il est sous-lieutenant en 1792, capitaine en 1793, chef de bataillon puis général de brigade en 1794. Il se distingue dans plusieurs batailles décisives de 1795 à 1799, et devient général de division en 1799. Napoléon le nomme alors à l’armée d’Italie – où il se distingue lors de la campagne de 1800. Elevé à la dignité de maréchal d’Empire en 1804, il joue un rôle déterminant dans la campagne d’Autriche de 1804-1805, et même décisif lors de la bataille d’Austerlitz.

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Soult se montre ensuite un des maréchaux les plus compétents de Napoléon lors des campagnes de Prusse (1806) et de Pologne (1807). Ses succès lui valent d’être nommé duc de Dalmatie en 1808. Mais Soult combat surtout en Espagne, où il commande la Grande armée de 1808 à 1813. Il y fait face à de très durs combats contre les Espagnols, Portugais et Britanniques et, sans avoir démérité, doit finalement s’incliner dans les combats de 1813-1814. Un temps rallié à Louis XVII (1814), il fait à nouveau allégeance à Napoléon lors des Cent Jours. Il est alors nommé Pair de France et major-général de l’armée. Après Waterloo, le nouveau gouvernement l’exclut de l’armée et l’oblige à s’exiler.

Louis XVIII ordonne cependant sa réintégration dans la dignité de maréchal en 1820. En 1825, il crée une société d’exploitation minière dans les Cévennes, qui sera rapidement fructueuse. Charles X le nomme Pair de France en 1827, mais après la révolution de 1830, Soult se rallie au roi Louis-Philippe, qui le nomme ministre de la guerre. Il mène alors une profonde réforme de l’armée en 1831 mais se rend impopulaire en réprimant deux révoltes ouvrières à Lyon – en 1832 et 1834. Nommé Premier ministre par le roi en 1832-1834, il représente ensuite Louis-Philippe au sacre de la reine Victoria en 1838.

Nommé une nouvelle fois Premier ministre et ministre des affaires étrangères en 1839, il rend possible le rapatriement des cendres de Napoléon en 1840. C’est également dans ces fonctions qu’il ordonne la transformation de l’agence consulaire française de Belgrade en consulat - à la tête duquel il nomme Achille de Codrika. Il quitte la tête du gouvernement en 1847 et se retire dans sa propriété de Saint-Amans, où il décède en 1851.

C/ L’ouverture d’un consulat de France à Belgrade

Le 21 juillet 1839, par décision ministérielle, M. Duclos est relevé par Achille de Codrika. Ce dernier arrive en Serbie le 15 septembre suivant et M. Duclos quitte le pays dans les derniers jours du même mois. Après avoir eu la charge difficile de créer la représentation, il part prendre la tête de la mission consulaire française à Patras (Grèce). Il occupera alors successivement des postes consulaires en Grèce (1839-1842), en Bulgarie (1842-1843) et alternativement dans l’Empire ottoman et en Roumanie (1843-1858) – jusqu’à sa retraite en 1858, à l’âge de 73 ans.

L’homme qui aura renoué les relations diplomatiques entre la France et la Serbie n’aura finalement passé que 7 mois dans ce pays, accomplissant toutefois un travail considérable sur lequel a reposé toute l’histoire des relations entre la France et la Serbie depuis lors. M. de Codrika, lui, prend ses fonctions à Belgrade le 30 septembre 1839.

Achille de Codrika est né en 1804 d’un père d’origine grecque, qui avait été interprète de Talleyrand, ministre des affaires étrangères de Napoléon. En 1824, A. de Codrika devient officier de l’armée de terre. Il quitte l’armée en 1831 pour rejoindre le ministère des affaires étrangères. Il est alors nommé vice-consul à Salonique en 1832 puis à Savannah aux Etats-Unis en 1836. Il arrive finalement à Belgrade le 15 septembre 1839 et prend ses fonctions deux semaines plus tard. Il y restera jusqu’à 1845 et la représentation française à Belgrade demeurera un consulat de deuxième classe pendant encore 28 ans.

Consul de France à Belgrade de 1839 à 1867

(consulat de deuxième classe)

Achille de Codrika 1839-1845 6 ans
Adolphe Durand de Saint-André 1845-1852 7 ans
M. de Ségur-Dupeyron 1852-1859 7 ans
M. Tastu 1859-1862 3 ans
vicomte Adolphe François de Botmiliau 1862-1867 5 ans

D/ Un rapide développement de relations politiques étroites entre France et Serbie - Hippolyte Mondain, ministre de la défense de Serbie (1862-1865)

Le nouveau consulat de France à Belgrade reçoit pour mission principale de promouvoir la France auprès des autorités serbes et de densifier autant que possible les liens politiques entre les deux pays. Les consuls successifs parviennent progressivement à nouer une relation privilégiée avec les princes et gouvernements serbes successifs, jusqu’à obtenir une confiance suffisante de leur part pour qu’un français soit nommé ministre de la guerre dans le gouvernement de Serbie.

A la suite de la guerre de Crimée (1853-1856), la Serbie décide de se rapprocher diplomatiquement vers la France de Napoléon III, sortie victorieuse du conflit. Dès février 1853, le Prince Alexandre demande au ministre français des affaires étrangères Edouard Drouyn de Lhuis, l’envoi d’un ingénieur militaire spécialisé dans le développement de réseaux routiers - afin d’améliorer les communications dans le pays et, en conséquence, la mobilité de l’armée serbe en cas de guerre.

Le ministre français de la guerre, Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud, désigne alors pour cette tâche le capitaine du génie Hippolyte Florentin Mondain, qui avait été repéré et hautement apprécié par le diplomate serbe Ilija Garasanin. Dès 1853, le capitaine Mondain se rend en Serbie, officiellement comme avocat du consulat français, mais en réalité mis à disposition des autorités serbes pour améliorer l’infrastructure militaire du pays.

Né à Mantes en 1811, Hippolyte Mondain avait suivi le cursus de l’Ecole polytechnique puis de l’école d’artillerie de Metz, il était considéré comme un spécialiste des fortifications. Ayant servi en Algérie, décoré de la Légion d’honneur, il s’était montré fidèle à Louis-Napoléon Bonaparte (futur empereur Napoléon III) en 1851.

Le capitaine Hippolyte Mondain (1811-1900)

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De 1853 à 1855, le capitaine Mondain remplit sa mission avec énergie, cartographiant avec précision la Serbie et conseillant les autorités pour le développement de ses routes, fortifications et plans de défense. Son action est très favorablement notée par les autorités serbes qui, en 1861, le rappellent en Serbie pour une deuxième mission. En 1862, il devient le tout premier ministre de la défense serbe et est même désigné pendant un temps au commandement supérieur de l’armée - qu’il organise selon le système français. Il crée notamment le service de santé des armées, modernise le recrutement, réforme le système de versement des soldes ou encore harmonise l’armement en dotation.

Le capitaine Mondain démissionne finalement de ses fonctions en 1865 et rentre en France, où il termine sa carrière avec le grade de colonel. En 1898, sur ordre du roi de Serbie, il est élevé à la dignité de général honoraire de l’armée serbe, en remerciement de ses services. Il décède à Paris en 1900.

5/ D’une ambassade de facto à une ambassade de jure (1867-1879)

A/ Vers le renforcement du rang protocolaire du consulat à Belgrade (1866-1867)

En avril 1867, après plusieurs mois de négociations, la garnison ottomane de Belgrade se retire, suite à la formation de la Première alliance balkanique entre la Serbie, le Monténégro et la Grèce en 1866. Ce départ d’une des dernières présences ottomanes sur le territoire de la Serbie, lui permet d’accéder à une indépendance de facto, traduite par sa constitution de 1869. Cette évolution conduit la France de l’Empereur Napoléon III à rehausser sa représentation en Serbie en deux étapes.

Napoléon III, Empereur des Français (1852-1870)

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B/ Un consulat général de France à Belgrade (1867-1869)

Le 9 mars 1867, le Consulat de France à Belgrade est élevé au rang de Consulat général, sur décision du ministre des affaires étrangères, le marquis Léonel de Moustier. Edouard-Philippe Engelhardt devient alors le premier consul général de France à Belgrade à cette même occasion.

Léonel de Moustier, ministre des affaires étrangères (1866-1868)

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C/ L’Agence et Consulat général de France à Belgrade, une ambassade de facto

Mais dès le 3 février 1869, le ministre modifie à nouveau l’intitulé de la représentation à Belgrade, qui devient « Agence et Consulat général de France ». Ce terme d’« Agence » érige de facto la représentation française en Ambassade, une position justifiée par l’élaboration puis l’adoption de la Constitution serbe de juin-juillet 1869, qui donne une indépendance de fait à la Serbie. Pour autant, la Serbie continuant de relever nominalement de l’Empire ottoman, les autorités françaises évitent – pour l’heure – l’emploi du terme d’« Ambassade ». En dépit de ce choix sémantique, M. Engelhardt peut être regardé comme le premier Ambassadeur de France à Belgrade.

Cette évolution vers une Ambassade est consacrée le 21 juin 1874. A cette date, en effet, Frédéric Debains succède à M. Engelhardt et devient le premier agent français officiellement accrédité par les autorités ottomanes et serbes sous l’intitulé d’« agent et consul général de France à Belgrade » – reconnaissant ainsi le statut diplomatique, et plus seulement consulaire, de la représentation française. Cette même reconnaissance est accordée aux successeurs de M. Debains.

Agent et consul général de France à Belgrade de 1869 à 1878

(consulat général de 1867 à 1869 puis Agence et consulat général de 1869 à 1878)

Edouard-Philippe Engelhardt 1867-1869 (consul général)

1869-1874 (agent et consul général)

7 ans
Frédéric Debains 1874-1876 2 ans
Auguste de Bersolle (décède à son poste) 1876-1877 1 an
Comte de Rochechouart (intérim) 1877 7 mois
M. de Saint-Quentin 1877-1879 2 ans

Le Congrès de Berlin de 1878 - la Serbie y obtient la reconnaissance définitive de son indépendance

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D/ L’ouverture d’une ambassade de jure (1878-1879)

La Serbie obtient finalement sa pleine indépendance au Congrès de Berlin de juin-juillet 1878, qui met fin aux guerres serbo-turques (1876-1877 et 1877-1878) et russo-turques (1877-1878). L’évènement conduit la France à officialiser le statut d’ambassade de sa représentation à Belgrade. Le 18 décembre 1878, le baron Jules Alexis des Michels est nommé « Ministre plénipotentiaire chargé des fonctions de Ministre résident à Belgrade ». Porteur d’une lettre de créance datée du 31 janvier 1879, il arrive à Belgrade le 11 février puis publie sa dépêche n°1 le 19 février sous l’en-tête de la « Légation de France en Serbie » - officiellement ouverte le 12 février 1879. Le 2 mars, le baron des Michels part pour Nis où, les 5-6 mars, il rencontre le Prince Milan et lui remet ses lettres de créance en tant que premier ambassadeur officiellement désigné en Serbie.

Le baron Alexis des Michels, premier représentant français en Serbie à porter le titre d’Ambassadeur (en poste de 1879 à 1881) - crédit photo : Archives diplomatiques

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Le Prince Milan Obrenovic de Serbie (1854-1901)
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E/ L’établissement de relations diplomatiques réciproques - la première ambassade de Serbie à Paris

L’établissement des relations diplomatiques franco-serbes est parachevé le 30 janvier 1880, date à laquelle M. Jovan Marinovic remet officiellement ses lettres de créance au Président de la République Jules Grévy. Il devient alors le premier Ambassadeur de Serbie à Paris et, plus généralement, le premier représentant permanent de son pays en France – en tant qu’« Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Serbie à Paris ».

Le Président de la République Jules Grévy - en 1880, il reçoit les lettres de créance du premier ambassadeur de Serbie à Paris

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Né en 1821 et décédé en 1893 en France, Jovan Marinovic a fait ses études à Kragujevac. Membre du cabinet des Princes Milos puis Mihailo Obrenovic (1837-1841), il vit à Paris de 1841 à 1842 puis devient secrétaire du gouvernement serbe en 1842. Chef de cabinet du Prince Aleksandar Karadjordjevic (1843-1856), il conseille aux autorités serbes de rester neutres dans la Guerre de Crimée.

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Nommé ministre des Finances (1856-1857), il permet l’adoption de la première loi sur le budget de l’État. Il est ensuite membre (1860) puis Président du Conseil d’État (1861) et conseiller diplomatique du Prince Mihailo Obrenovic. A la mort du Prince (1868), M. Marinovic devient président de l’assemblée chargée de la désignation du nouveau prince - Milan II Obrenovic. Il est confirmé dans sa fonction de Président du Conseil d’Etat (1869) avant de devenir Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de 1873 à 1874.

Il est finalement nommé premier Ambassadeur de Serbie à Paris en 1880 et occupe ce poste jusqu’à 1889. Il termine sa vie en France, où il décède en 1893. M. Marinovic aura été un des rares personnages à rencontrer la presque totalité des représentants français en Serbie, de M. Duclos en 1839 au baron des Michels en 1879

Dernière modification : 22/05/2019

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