Histoire : L’alliance franco-serbe pour la libération de la Serbie (mai-novembre 1918) [sr]

Les relations entre la France et la Serbie sont anciennes, remontant jusqu’au Moyen-âge avec Hélène d’Anjou. Dans la période moderne, elles se sont surtout renouées avec l’ouverture du premier consulat français en Serbie en 1839, avant de prendre la forme d’une forte fraternité d’armes durant la Première guerre mondiale. Ce conflit, a causé la mort de 18,6 millions de personnes, dont 1,4 millions en France (4,2% de la population) et 1,247 million en Serbie (28% de la population serbe, 60% de la population masculine).

1/ Rappel sur les débuts du conflit et de la coopération jusqu’en 1918

Dès le début de la guerre a l’été 1914, une coopération militaire active s’est engagée entre les armées française et serbe, la France envoyant de nombreux spécialistes appuyer l’armée serbe (aviateurs, artilleurs, équipes sanitaires etc.). Dès 1914, la France et la Serbie combattent pour préserver leur indépendance et connaissent, toutes deux, des revers douloureux avant d’éclatantes victoires (la Marne en France ; Kolubara en Serbie). Les soldats serbes acquièrent une réputation de vaillance, d’endurance et de patriotisme, saluée par une abondante couverture de la presse française, qui se fait l’écho des succès serbes. L’envoi de militaires, médecins et journalistes français en Serbie, ainsi que l’accueil de blessés et de réfugiés serbes en France, contribue aussi à rapprocher les deux peuples dès la première année du conflit.

En octobre 1915, l’armée serbe subit une offensive majeure de la Bulgarie, l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, depuis le nord, le Danube et l’est. Face à une telle pression, à partir du 23 novembre 1915, le roi Pierre Ier, le gouvernement, le commandement, et plusieurs milliers de soldats et de civils battent en retraite à travers l’Albanie en plein milieu d’un hiver rigoureux : le froid extrême, l’épuisement, les maladies et le harcèlement des armées adverses conduisent à la mort de près d’un tiers de ces réfugiés militaires et civils.

Dans ces heures tragiques, souhaitant de sa propre initiative soutenir l’allié serbe, le président du conseil français Aristide Briand assure son homologue serbe Nikola Pašić de l’appui de la France pour restaurer sa souveraineté. La marine française joue alors une part prépondérante dans le sauvetage des troupes serbes sur les rivages albanais et leur transfert vers l’île grecque de Corfou. Là, l’armée française soigne les malades et blessés, rééquipe les militaires serbes et assure leur entrainement. De nombreux civils sont acheminés en France pour y être soignés mais aussi pour leur permettre de continuer leurs études, bénéficier de formations et pouvoir se remettre à la disposition du gouvernement serbe pour restaurer la souveraineté du pays.

A partir de 1916, les forces serbes reformées à Corfou sont progressivement transférées vers le front de Salonique ouvert peu avant. Les militaires français et serbes réalisent leurs premiers combats communs à cette époque. Les généraux Bailloud, Sarrail, Franchet d’Esperey, Henrys et Guillaumat se succèdent à la tête de l’Armée française d’Orient, qui comptera jusqu’à 225 000 hommes – ce qui en fait le plus important contingent de l’armée alliée de Salonique (35%), aux côtés de 120 000 Serbes (20%).

2/ La libération de la Serbie par l’armée serbe, aidée de forces françaises (octobre 1918)

Le retrait de la Russie de la guerre, entre novembre 1917 et mars 1918, suivi d’une certaine distanciation entre le Royaume-Uni et le gouvernement serbe de M. Pašić à cette même période conduisent à un rapprochement encore accru entre armées serbes et françaises : la France apparait alors comme l’allié naturel de la Serbie – d’autant que, depuis 1915, la diplomatie française appui activement M. Pašić dans ses buts de guerre et – notamment – de libération de son pays.

A partir de septembre 1918, les deux armées lancent une offensive conjointe majeure pour libérer la Serbie et menacer les Empires centraux sur leur flanc sud. Le général Louis Franchet d’Espérey, commandant des armées alliées sur le Front de Salonique depuis juin 1918, choisit alors de mener une offensive concentrée contre une armée bulgare affaiblie sur le front de Macédoine, pour percer et remonter ensuite vers le nord. Il décide de confier aux armées française et serbe le rôle central dans cette opération : il s’appuiera avec efficacité sur une armée serbe réorganisée et rééquipée par la France et très fortement motivée par la perspective de libérer son pays.

Le 15 septembre 1918, l’armée française d’Orient et les troupes du Régent Alexandre enfoncent le front bulgare lors des batailles de Dobropolje et Sokol. Après des années de stabilisation du front, l’effort franco-serbe relance une guerre de mouvement très rapide, qui ne prendra fin qu’à Novi Sad deux mois plus tard.

Dès le 17 septembre, les Alliées font leur jonction sur les arrières d’une armée bulgare qui se replie en urgence, avant d’élargir la brèche dans le front adverse. Les Français repoussent les Bulgares dans le massif de Moglena puis prennent la ville de Dzena. Les Serbes avancent rapidement vers Prilep. Le 21 septembre, devant cette double pression, c’est l’armée allemande qui doit se replier vers Monastir.

Le 23 septembre, la percée commence. L’armée française atteint Krusevo et Skopje puis entre dans Prilep. Les Serbes prennent Grodsko et Vélès. Le lendemain, les Allemands et Austro-Hongrois encore situés au sud de Skoplje doivent capituler. Le 25 septembre, les Britanniques atteignent Stroumitza tandis que les Italiens entrent à leur tour à Krusevo.

Le 26 septembre, face à l’effondrement de leur dispositif, les Bulgares demandent une suspension d’arme de 24 heures, qui leur est refusée par les Britanniques. Le 29 septembre, les troupes françaises prennent Skoplje, obligeant les Allemands et Bulgares à se retirer vers Tetovo. Les Serbes, de leur côté, repoussent les Bulgares en direction de Sofia. Les Britanniques et les Grecs combattent les Bulgares sur le fleuve Strouma, à la frontière entre la Grèce et la Bulgarie.

La pression alliée devenant trop intense, la Bulgarie signe l’armistice de Thessalonique le 29 septembre 1918 : le pays se retire de la guerre et ses troupes doivent évacuer les territoires encore occupés. Cette sortie de la guerre des 700 000 soldats bulgares oblige les dirigeants allemands et austro-hongrois à décider, lors de la conférence de Spa du 29 septembre, d’envoyer immédiatement des renforts sur le front d’Orient – une décision qui affaiblit d’autant le Front de l’Ouest et le Front d’Italie, où les Alliés sont également passés à l’offensive. En cela, l’action des Alliés sur le Front de Salonique contribue largement à la victoire finale de 1918.

D’autant qu’après la percée de fin septembre 1918, les armées françaises et serbes ont gagné une mobilité qui ne laisse pas à ses ennemis le temps de réagir. Dès le 30 septembre, les Alliés entrent en Serbie, dont le territoire est libéré en seulement 25 jours : Vranje (5 octobre), Leskovac (7), Kraljevo (9), Nis (12), Pirot (13), Zajecar (19), Negotin (21), Paracin et Aleksinac (22) tombent presque sans combats. Le 24, les Allemands commencent à évacuer Belgrade, alors que Jagodina et Cacak (25 octobre) puis Kragujevac (27 octobre) sont libérées. Finalement, le 1er novembre 1918, l’armée franco-serbe entre dans Belgrade, avec le régent Alexandre à sa tête.
Les derniers jours de la Première guerre mondiale sont marqués par la poursuite de cette avancée irrésistible de l’armée franco-serbe, cette fois en territoire austro-hongrois : le 2 novembre, les Alliés entrent dans le Banat (actuelle Voïvodine), atteignent Novi-Sad (9 novembre) et remontent vers le nord. Cette ultime offensive pousse l’Autriche-Hongre à signer l’armistice de Villa Giusti (3 novembre), conduisant à l’isolement de l’Allemagne alors que les armées alliées avancent sur tous les fronts – en France, en Belgique, en Italie et dans les Balkans. Le 11 novembre 1918, les Allemands acceptent ainsi l’Armistice de Rethondes, mettant fin à la guerre.

Dernière modification : 13/09/2018

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