Le bénéfice de la communauté est l’ADN de l’Union européenne (DANAS, 27 avril 2020)

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Photo : FONET/Ognjen Stevanovic

Le plus grand ennemi de l’ Union européenne est son manque de confiance en soi/en elle-même - Jean Louis Falconi

N’oublions pas que l’UE a contribué ces dernières années à la modernisation des infrastructures hospitalières de la Serbie, avec près de 450 M€ de dons ou de prêts.

Quelle est la situation en France avec le coronavirus et comment votre pays lutte-t-il contre l’épidémie ?

La France n’a pas été épargnée par la crise du covid-19, avec plus de 133 000 cas recensés et plus de 20 000 morts. L’épidémie a toutefois amorcé la semaine dernière un plateau avec une baisse constante du nombre de personnes en réanimation.
Le 16 mars, pour freiner la propagation du virus, le président de la République, M. Emmanuel Macron, a annoncé des mesures exceptionnelles qui s’apparentent à celles prise par de nombreux pays proches dont la Serbie : fermeture des établissements d’enseignement, stricte limitation des déplacements, recours au télétravail quand cela était possible, fermeture des commerces non-essentiels. En contrepartie, un volet de mesures économiques est prévu pour les professions et les salariés les plus impactés. Les frontières nationales sont fermées jusqu’à nouvel ordre : seuls les ressortissants français et les étrangers résidant en France peuvent regagner leur domicile.

Ces mesures ont été validées par le Parlement, qui a continué de fonctionner, notamment à travers un texte sur « l’état d’urgence sanitaire » entré en vigueur le 24 mars. Elles dureront au moins jusqu’au 11 mai, après quoi des mesures dites de « déconfinement » seront introduites. A ce stade, les autorités françaises appellent à la prudence, une seconde vague étant à craindre si des mesures de précaution ne sont pas maintenues.

Comment l’épidémie affecte-t-elle l’UE étant donné ses problèmes préexistants ?
La pandémie de Covid-19, inédite par son ampleur, a pris les premiers Etats touchés de court. L’UE n’a pas fait exception. Il y d’abord eu des réflexes de repli, des fermetures de frontière, la tentation du chacun pour soi, d’autant plus que la santé reste une compétence nationale et non pas transférée à l’UE.

Rapidement, les discussions ont permis la circulation des marchandises par des « green lanes » étendues aux pays des Balkans ; le rapatriement des citoyens de l’UE a été coordonné ; le mécanisme de protection civile centralise l’achat et la distribution de matériel médical ; des solidarités de fait se sont mises en place : l’Allemagne, l’Autriche, le Luxembourg (mais aussi la Suisse) ont accueilli dans leurs hôpitaux près de 180 patients français en soins intensif. Notre pays en est infiniment reconnaissant. Des mesures de soutien à l’économie européenne - y compris avec l’aide du secteur bancaire – ont été prises. L’exceptionnel « programme d’achat urgence pandémique » de la Banque centrale européenne va racheter à hauteur de 750Mds€ la dette des États et d’entreprises de la zone euro. Et des discussions pour faire plus sont en cours entre les chefs d’Etats au Conseil européen.

L’ADN de l’Union européenne, c’est de toujours essayer de dépasser le réflexe primaire du repli sur soi au profit d’une solution collective. Cela a fonctionné jusqu’à présent, l’Union européenne a résisté aux critiques et je souhaite que cela continue même si les défis et les coups de boutoir dont elle fait l’objet sont nombreux.

À quoi ressemblera l’UE "après" ?

La France a toujours travaillé à la construction d’une Europe plus forte, plus solidaire et plus réactive. C’est le moment de le démontrer, si nous voulons limiter les effets de l’inévitable ralentissement économique provoqué par la pandémie. Nous avons besoin d’une Europe qui retrouve son autonomie dans les secteurs stratégiques, dont celui de la santé, qui continuera d’être à la pointe, notamment dans le domaine de la recherche et du développement.

Je pense que le plus grand ennemi d’une Union européenne souveraine réside dans un manque de confiance en eux-mêmes qu’expriment ses citoyens et ses États membres. Face aux immenses défis du monde (terrorisme, changement climatique, pandémies…) nous devons croire en l’UE et j’espère que les Européens sauront surmonter ce manque de confiance en eux, en particulier face d’autres grandes puissances qui n’en manquent certainement pas.

Et tout ceci dans le plus grand respect de la démocratie, de l’Etat de droit et des libertés fondamentales. Nous souhaitons une UE qui ne perde jamais de vue les valeurs sur lesquelles elle s’est fondée et qui ont fait son succès. Ceci est vrai pour les Etats membres actuels et pour tous ceux qui aspirent à y entrer.

Quelle est la solidarité de l’UE envers les pays non-membres de la région, y compris la Serbie ?

L’UE a réagi en deux temps : d’abord en débloquant des aides d’urgence, puis en planifiant des actions de plus long terme, pour aider au redressement économique des Balkans occidentaux. Les chiffres de 93M€ d’aide de l’UE à la Serbie, dont 15M€ pour la gestion de la crise et 78M€ pour renforcer l’économie du pays, sont connus.
L’UE a déjà financé le transport de matériel que la Serbie avait acheté à l’étranger par 11 avion-cargo, a déployé des containers d’accueil et d’orientation des patients et offert du matériel de protection. La Serbie bénéficie de mécanismes de solidarité de l’UE, comme le fonds de solidarité ou le mécanisme de protection civile, ce dernier ayant notamment permis en début d’année, le rapatriement de ressortissants serbes de Wuhan dans un avion affrété par la France. J’en profite pour remercier vivement les autorités serbes qui nous ont aidés à leur tour à rapatrier nos ressortissants.

A côté des projecteurs de l’actualité, n’oublions pas que l’UE a contribué ces dernières années à la modernisation des infrastructures hospitalières de la Serbie, avec près de 450 M€ de dons ou de prêts. C’est une chose qui mérite aussi d’être rappelée publiquement.

Que pensez-vous d’une approche "plus souple" de la lutte contre la pandémie, comme c’est le cas en Suède, ou pensez-vous au contraire que la situation dans certains pays serait meilleure si des mesures plus strictes avaient été prises plus tôt.

Je ne suis pas épidémiologiste et l’on constate, selon les régions ou les patients, des phénomènes que même les scientifiques ne parviennent pas à expliquer. Les mesures de confinement et de distanciation sociale mises en place dans beaucoup de pays - dont la France et la Serbie - semblent porter leurs fruits. La recommandation, faite par l’OMS, de dépister massivement la population afin de pouvoir réagir rapidement en cas de résurgence virale, semble tout à fait sensée, dans l’attente d’un vaccin ou d’un traitement éprouvé. Et il faudra rapidement partager nos connaissances pour améliorer notre capacité de réponse à ce type de menace. Ce sera, là encore, un travail collectif et multilatéral dans lequel l’OMS devra jouer tout son rôle.

Retrouvez l’article sur le site de Danas, en serbe :

https://www.danas.rs/svet/korist-za-zajednicu-je-dnk-evropske-unije/

Dernière modification : 10/06/2020

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