Liberté des médias [sr]

A l’occasion du lancement du partenariat entre l’hebdomadaire Nedeljnik et Le Monde diplomatique, un débat a eu lieu sur « la manière de construire des médias libres », en présence de journalistes serbes et de la région réputés, Goran Milić, directeur d’Al-Jazeera Balkans, Milan Misić, ancien rédacteur en chef de Politika, Dragoljub Petrović, rédacteur en chef de Danas, Esad Kočan, rédacteur en chef du Monitor du Monténégro, ainsi que du directeur du Monde diplomatique, Serge Halimi.

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L’ambassadeur de France, Mme Christine Moro, a prononcé le discours introductif (voir le texte intégral en PJ) dans lequel elle s’est félicitée de ce nouveau partenariat entre presses serbe et française. Elle a souligné que « s’interroger sur les conditions d’exercice de la liberté de la presse et de la liberté d’expression est une question centrale pour la démocratie ». « En Serbie, la liberté des médias est particulièrement d’actualité à l’heure où nous espérons l’ouverture prochaine des chapitres 23 et 24, qui portent précisément sur les critères de l’état de droit, les garanties du bon exercice des libertés fondamentales et le rapprochement vers les standards européens, élevés en la matière puisque selon « Reporters Sans Frontières », l’Europe reste la zone du monde où les médias sont les plus libres ».

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Elle a salué les réformes entreprises par le gouvernement sur le sujet en 2014. Cependant, a-t-elle poursuivi, la réalité des faits montre que l’existence d’un cadre législatif et juridique libéral ne suffit pas à garantir un exercice optimal de la liberté et de l’indépendance de la presse. Entrent en ligne de compte de nombreux autres facteurs, d’ordre politique mais aussi économique, qui renvoient à la fonction que remplit la presse dans une société démocratique ». Celle-ci « incarne la liberté d’opinion et d’expression, contribue à l’éducation du citoyen et participe au contrôle démocratique, ce qui justifie son appellation de quatrième pouvoir ».

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« Cela veut dire aussi qu’il est bien tentant de chercher à prendre le contrôle de ce que dit la presse, soit en empêchant les journalistes de s’exprimer, par la pression, la menace, en les privant de leur emploi ou plus subtilement des moyens de subsister. La crise économique que traverse le monde de la presse dite traditionnelle, vient accroître la pression et les tensions. Dans ce contexte, il est important que les institutions publiques comprennent quel enjeu sociétal représente la liberté de la presse et en premier lieu la liberté de critiquer, qui appartient non seulement à la presse mais à tous les citoyens ».

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Les journalistes ont souligné la diversité des pressions s’exerçant sur leur métier, dans le contexte de la concentration des groupes de presse et de l’impact des technologies numériques : exigences de la ligne éditoriale fixée par les propriétaires du média, crise économique des médias dits « traditionnels », tyrannie de la « chasse au scoop », alors que le public est tiraillé entre les médias de distraction et sa propre exigence croissante, voire ses désillusions. Quand l’exigence d’instantanéité de l’information finit par prévaloir sur la qualité de la mise en perspective qu’elle propose, quand la presse grand public devient « tabloïd », il faut avoir le courage de défendre une autre forme de journalisme, pour que la presse redevienne le lieu où se forgent les analyses et se préparent les combats de demain en faveur de la démocratie. Dans ce contexte, la nécessité du courage personnel des journalistes a été soulignée par les participants. La liberté de la presse n’est jamais définitivement acquise. Qu’il s’agisse de médias publics ou de médias privés, comme l’ont souligné plusieurs intervenants, on peut être tenté d’estimer qu’il n’y a pas de médias libres : il n’y a que des journalistes libres. L’une des garanties de cette liberté c’est le contrat moral passé avec les lecteurs, de ne jamais trahir leur exigence d’un journalisme de qualité. La proximité des vedettes du star system et des politiques avec le monde des médias crée une tension constante, à laquelle il faut savoir résister. Courage et responsabilité sont ainsi les deux valeurs cardinales qu’il faut défendre et promouvoir, notamment auprès des jeunes professionnels de la presse.

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Enfin, comme l’a souligné Serge Halimi, toute tentative de contrôler l’opinion à travers les médias demeure en réalité vouée à l’échec. Car les médias n’ont pas le monopole de l’information et aujourd’hui, les citoyens s’informent par une multiplicité de canaux.

Photos : Igor Pavičević, Nedeljnik

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Dernière modification : 25/05/2016

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