Modernisation du processus d’adhésion à l’UE [sr]

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Agence : FONET
Journalistes : Jasminka Dzabic/Zoran Sekulic
Photos : FoNet/Ognjen Stevanovic

La France a suggéré au Conseil de l’Union européenne (UE) d’examiner l’idée d’une modernisation du processus d’élargissement, qui permettrait aux pays candidats d’obtenir des bénéfices plus rapidement, dans les domaines où les critères sont remplis, au lieu d’attendre la fin du processus, a déclaré lors d’un entretien accordé à FoNet le nouvel ambassadeur de France en Serbie, Jean Louis Falconi.

Il explique que le processus actuel, lent, deviendrait "plus rapide, plus progressif, mais aussi réversible", permettant aux pays candidats d’obtenir des bénéfices au cours du processus d’adhésion, et non uniquement lorsque tout serait achevé.

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"Les pays procèdent à des réformes structurelles importantes et profondes", mais les bénéfices qui en découlent, sous forme d’argent ou autres avantages, ne se concrétisent qu’à la fin du processus, a déclaré Falconi.

Selon lui, le bilan du processus d’adhésion actuel est insuffisant ; les citoyens ne voient pas d’évolution dans la pratique et le processus est souvent très bureaucratique. Il y a des experts qui coupent les cheveux en quatre s’agissant des chapitres, ce qui n’a pas de portée concrète pour les citoyens ordinaires.

« Une fois les critères remplis et les négociations terminées dans un domaine particulier, par exemple dans le domaine financier ou culturel, le pays candidat pourrait s’asseoir à la même table que les membres de l’Union européenne et participer aux discussions sur ces thèmes là, mais sans droit de vote ».

Il faut plus d’initiatives comme la Communauté européenne des transports créée à Belgrade, ou des échanges académiques, où les universitaires auraient la possibilité se rendre à France ou dans l’UE pour apprendre comment cela fonctionne et ensuite revenir dans leur pays. Aujourd’hui, l’engagement d’experts français dans la réforme de l’administration publique, où ils écoutent les problèmes, conseillent et partagent l’expérience française dans ce domaine, a illustré Falconi.

BMPCe sont des initiatives concrètes, dont les pays de la région bénéficient directement, souligne l’ambassadeur de France, qui estime qu’un tel processus rendrait l’UE plus populaire au sein de la population, même si des critères doivent encore être remplis, signe d’un un engagement nécessaire de long terme.

En outre, selon cette proposition, si un pays décidait de changer de trajectoire politique ou s’il ne se comportait pas en conformité avec les valeurs de l’UE, il pourrait perdre ces bénéfices car il s’agirait d’un processus réversible. Nous pouvons même revenir en arrière s’il le faut, a déclaré Falconi.

Notant qu’une telle modernisation du processus d’admission n’exigeait aucune réforme révolutionnaire des institutions, il a souligné qu’un accord pourrait être rapidement conclu à ce sujet.

"Le président Macron a mis cela sur la table et cela pourrait être discuté avant le sommet UE-Balkans occidentaux au cours du premier semestre de l’année prochaine", a souligné M. Falconi.

S’agissant des différentes interprétations de la position du président français sur l’élargissement, M. Falconi a rappelé que M. Macron avait clairement indiqué, y compris lors de sa visite en Serbie, que l’UE avait promis l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE et que cette promesse serait tenue. Mais il a également noté le constant du président français, visible dans tous les États membres, selon lequel l’UE ne fonctionnait pas bien, a rappelé Falconi.

Selon lui, Macron est également engagé dans le processus d’amélioration du fonctionnement de l’UE, ce qui implique l’amélioration de la politique de la défense, de la politique sociale, de la manière dont les accords commerciaux sont conclus, afin de la rendre plus attrayante aux yeux des citoyens.

Ceci, a-t-il souligné, n’est pas une réforme à mettre en œuvre avant l’élargissement, c’est une réforme qui doit se faire en parallèle des efforts consentis par les pays de la région pour remplir les critères d’adhésion.

Falconi affirme également que la Macédoine du Nord et l’Albanie ne se sont pas vus dire "non" à Bruxelles et qu’ils n’ont pas reçu de réponse négative pour le début des négociations. Cette décision, explique-t-il, n’a pas été prise maintenant car, malgré les efforts considérables réalisés par ces pays, notamment en concluant l’Accord de Prespa, ils doivent mettre en œuvre certaines réformes.

À Bruxelles, Skopje et Tirana se sont vus dire "oui, mais" et "oui si", a expliqué Falconi, annonçant que le début des négociations suivrait dès que ces pays auraient mené à bien les réformes nécessaires. Pour tous les pays qui aspirent à l’UE, des réformes sont nécessaires, notamment dans le domaine des droits de l’homme et de la lutte contre la criminalité.

A la question de savoir si les promesses avaient été violées, et si cela dissuaderait d’autres dirigeants de la région de remplir ce que l’UE attendait d’eux, Falconi a répondu "Nous disons toujours très clairement aux candidats ce qu’ils doivent faire. L’élargissement n’est pas un processus émotionnel, il a des conséquences politiques à cela". Il tient compte de l’état du pays, de la société, du pays en général et de son économie, a déclaré l’Ambassadeur de France.

S’agissant du dialogue entre Belgrade et Pristina, M. Falconi a déclaré que l’engagement des États-Unis était bienvenu, car "plus il y a de fées qui veillent sur le berceau des négociations, mieux c’est", tout en notant que les Balkans occidentaux faisaient partie de l’Europe, et que la région était au cœur de ses préoccupations de l’UE.

Ces discussions ont commencé à Bruxelles, elles ont été conduites avec la médiation de l’UE et ont apporté des résultats, a déclaré Falconi, rappelant des problèmes avaient été résolus depuis, tels que la liberté de la circulation et les télécommunications.

La composition institutions bruxelloises est en train de changer, mais l’Ambassadeur de France est convaincu que le nouveau Haut Représentant pour la politique étrangère, Giuseppe Borrell, sera pleinement attaché à cette question.

En ce qui concerne la possibilité que la France ait son propre médiateur dans les négociations, Falconi a déclaré qu’un grand nombre de personnes au sein du ministère des Affaires étrangères et de la Présidence étaient engagés sur cette question, mais que Paris n’aurait pas de représentant individuel, tel que Matthew Palmer ou Richard Grenell, notamment parce qu’elle souhaitait renforcer le rôle de l’UE.

La France est prête à organiser le sommet annoncé à Paris pour faciliter le dialogue, dans un format franco-allemand, car la chancelière Angela Merkel en a parlé. Mais actuellement il n’y avait pas d’interlocuteur, à Pristina, pour organiser un tel sommet, a déclaré Falconi.

Le président Aleksandar Vucic a déclaré qu’il était prêt à se rendre à Paris, mais des élections viennent d’avoir lieu au Kosovo. La majorité a changé et nous n’avons aucune intention d’accélérer le processus démocratique en cours dans le pays,a déclaré l’ambassadeur de France.

En réponse à une question de FONET, il a rappelé que l’UE ne faisait aucune concession aux autorités serbes au nom de la résolution de la question du Kosovo. Il a rappelé que la Commission européenne avait établi un rapport sincère et honnête, avec des recommandations connues, parmi lesquelles la lutte contre la corruption et la criminalité, entre autres choses, et qui régulièrement examinées dans le cadre de l’accord de stabilisation et d’association.

BMPIl n’est question ni de concessions, ni de négligence en matière d’Etat de droit, vis-à-vis des autorités serbes. Il s’agit d’une coopération entre interlocuteurs responsables. Il existe des demandes qui ont été formulées et le gouvernement sait très bien que cela doit être rempli, a déclaré Falconi.

En tant qu’ambassadeur étranger, depuis peu en Serbie, il n’a pas voulu commenter les questions intérieures serbes, qui ont leur propre complexité et leur propre histoire, y compris en ce qui concerne le contexte électoral, expliquant qu’il éviterait des recommandations à qui que ce soit.

Je comprends qu’il y a un débat sur le boycott des élections ; je sais qu’il y a des propositions de Nebojsa Stefanovic, en sa qualité de président de la commission sur les conditions électorales. J’ai entendu les demandes de l’opposition et de la société civile et je suis d’accord pour dire que les lois qui seront adoptées doivent également être mises en œuvre de manière efficace, a déclaré Falconi.

S’agissant de à la demande de l’opposition d’accéder aux médias, il a souligné que dans son pays, depuis la Révolution française de 1789, la question de la liberté d’expression était une question essentielle et qu’il devrait y avoir la possibilité que les gens fassent connaître la diversité de leurs points de vue.

Falconi a également souligné qu’il y avait en Serbie d’importants investissements français. Il a mentionné l’aéroport Nikola Tesla, administré par l’entreprise française Vinci, ainsi que la coopération sur la décharge à Belgrade.

Il a notamment souligné l’importance de la venue des PME françaises, car cela signifiait que les hommes d’affaires avaient assez confiance pour venir, sans crainte d’une région dont ils n’auraient entendu qu’en rapport avec des difficultés dans le passé.

"Je suis heureux parce que je crois que nous pouvons nous tourner vers l’avenir", a déclaré Falconi, soulignant que la France était prête et en mesure de construire le métro de Belgrade.

Il sait que la concurrence est rude et qu’il ne voudrait être ni triomphaliste ni pessimiste à cet égard, avant d’admettre que depuis son arrivée, il était lui-même devenu convaincu des problèmes de circulation dans la capitale.

En même temps, Falconi fait remarquer qu’en un mois et demi de vue en Serbie, il a ressenti toute l’énergie et la richesse culturelle du pays. Et d’ajouter qu’en tant que Français, il a eu le privilège de ressentir l’affection qui découle de la longue histoire des relations franco-serbes.

Il rappelle enfin les retombées de la visite du président Macron à Belgrade qui, en plus de résultats économiques mesurables et de messages politiques, ont rétabli "ce lien de cœur à cœur" existant entre la France et la Serbie. (fin)

Dernière modification : 28/10/2019

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