Mondoloni : La France ne souhaite pas donner des leçons, mais ne veut pas non plus en recevoir [sr]

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Journaliste : Miloš Mitrović

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photo : Stanislav Milojković, Danas

Frédéric Mondoloni, ambassadeur de France en Serbie

Interview

Les réformes de l’UE, initiées par le président français Emmanuel Macron, sont pour nous d’une importance essentielle.

Le Président défend une réforme très ambitieuse, et cela était au cœur de son dernier discours devant le Parlement européen à Strasbourg. L’idée est claire – donner à l’Europe un sens, une vision, et des moyens de travailler ensemble pour réaliser cette vision. Il faut être plus fonctionnel, plus efficace. Parmi les nombreux thèmes (de cette réforme), celle que le Président Macron a le plus développé concerne la souveraineté. Les pays de l’UE et leurs peuples doivent être entièrement souverains et que de manière souveraine ils décident de leur avenir – a dit l’ambassadeur de France en Serbie, Frédéric MONDOLONI.

Rappelant que tous les partenaires au sein de l’UE ne sont pas d’accord avec le plan des réformes, par exemple avec l’idée d’introduire la fonction d’un ministre de la zone euro, l’ambassadeur Mondoloni souligne que la France est réaliste.

*Est-ce que ces désaccords peuvent engendrer une crise ?

- Je ne pense pas, car nous essayons d’anticiper cette crise. Vous savez que les opinions publiques dans les pays de l’UE sont souvent contre l’UE. Des élections récentes dans certains pays ont placé au pouvoir ceux qui critiquent ouvertement l’UE. Nous n’avons pas le choix. Afin de pouvoir anticiper tous ces problèmes potentiels, nous devons avoir une politique commune claire des réformes de l’Europe.

*Combien ces réformes sont-elles importantes pour cette région ?

- A mon sens, pour au moins deux raisons essentielles. La première rejoint les paroles du président Macron prononçées à Strasbourg qui ont été mal comprises ou mal interprétées ici. Celles (où il dit) qu’il faut d’abord mettre en oeuvre avec succès les réformes de l’UE pour ensuite réaliser avec succès l’élargissement de l’UE. Il ne s’agit pas de favoriser l’un au détriment de l’autre. Il est clair que si la dynamique des réformes européennes n’est pas menée tel que nous le souhaitons, cela pourra avoir une influence sur l’élargissement. La seconde raison est aussi très importante, étant donné que la réforme inclut la question des migrations, qui touche également votre région. Les questions de politique étrangère et de sécurité européenne sont également importantes.
*L’année magique 2025 est souvent mentionnée. Est-ce que cette année, mise en avant pour la première fois à Bruxelles, signifie que nous devons considérer que nous allons rejoindre l’UE à cette date si nous remplissons les conditions (requises) ?
- La Commission Européenne a souhaité articuler cette date qu’il faut comprendre comme un encouragement. Cela ne signifie pas qu’il est garanti que la Serbie devienne membre de l’UE en 2025. Cela veut dire que, si les réformes de l’UE sont menées à bien et si les conditions sont remplies – et nous considérons qu’elles pouraient l’être, à condition d’y travailler rapidement, notament en ce qui concerne les chapitres 23 et 24, la Serbie pourrait rejoindre (l’UE) en 2025.C’ est pratiquement demain. C’est dans sept ans. Je suis optimiste, néanmoins il y a encore beacoup de travail devant nous.

*Il semblerait que la Macédoine et la Grèce soient proches d’un accord. Avez-vous l’impression qu’entre Belgrade et Pristina il pourrait y avoir une accélération quant à la résolution de la question kosovare ?

- En ce qui concerne la Macédoine et la Grèce, les choses ont beaucoup avancé, mais en même temps, tout a duré assez longtemps. Quant au dialogue entre Pristina et Belgrade, je vais être clair et franc : nous considérons qu’une accélération existait dans le dialogue, facilité par l’UE et Mme Mogherini, pendant toute une période. Nous soutenons la volonté des deux pays de trouver une solution. Le chapitre 35 prévoit un document juridiquement engageant visant une normalisation. Depuis l’incident du 26 mars, la situation est devenue plus difficile. Nous ne souhaitons pas que cet incident mêne à un blocage. Le ministre des affaires étrangères français, qui s’est rendu à Belgrade en avril, à été très clair à l’occasion de la conférence de presse, disant que la manière dont Monsieur Djuric a été traité, était innaceptable. Par ailleurs, nous avons vite réagi à cet incident.
*Est-ce que la France encourage les pays qui n’ont pas reconnu le Kosovo à le faire ?
- Je sais qu’il y avait des polémiques dans la presse récemment à ce sujet. Je me suis déjà exprimé clairement avant. Il ne sert à rien d’entretenir ces polémiques . Lorsque vous avez des relations de confiance, d’amitié et de bienveillance/soutien avec vos partenaires il est meilleur de discuter directement avec eux de tous les sujets

*Vous en discutez ?

- Bien sur. Chaque pays décidé cela de manière souveraine et la France n’a pas d’interêt particulier à intervenir auprès des Etats tiers sur ce sujet. Chaque pays reconnait ou non tel et ou tel pays, et le fait de manière souveraine. Le (vrai) sujet est d’arriver à (obtenir) une solution durable et de mettre fin à un status quo qui veut dire un blocage menant à un conflit gelé. La France ne souhaite pas donner des leçons ni en recevoir non plus.

*Comment voyez-vous la politique de la Russie et des Etats-Unis dans la région – voyez-vous des changements dans l’approche envers les Balkans Occidentaux après le changement de l’administration à Washington ?

- Il est délicat pour moi, comme ambasasdeur de France, de m’exprimer publiquement sur la politique des autres pays. Une nouvelle équipe est à la Maison Blanche. Le président Macron a récemment été à Washington, nous sommes d’accord sur certains sujets, sur d’autres pas du tout, comme au sujet de l’Iran ou des du changement climatique. En ce qui concerne les Balkans, nous en discutons souvent avec les Américains. Ce qui est important, c’est que tous les partenaires s’engagent dans la même direction, que ce soient les Américains, les Russes ou l’UE. C’est à dire, que tous mènent (les choses) vers une stabilité régionale et vers une solution durable pour le Kosovo.

*Si vous voyez la Russie également comme partenaire, c’est une bonne nouvelle pour la Serbie.

- Oui, je pense que chacun doit avoir une approche positive avec les pays dont il est proche. La Russie est un pays très important et il serait ridicule de minimiser son rôle. Nous avons de bonnes relations avec la Russie, notre président va se rendre à Moscou avant la fin de l’été. Il ne faut pas voir les choses en terme de „jeu à somme nulle“, mais que tous soient gagnants.

*Est-ce que vous voyez un quelconque problème dans les très bonnes relations entre la Serbie et la Russie ? Le président Vucic a assisté à l’inauguration du président Poutine, dont la visite en Serbie est annoncée pour cette année.

- Non, aucun. Ce qui à notre sens représente un problème (dans nos propres relations avec les Russes) ce sont des décisions des autorités russes au cours des dernières années. C’est de cela dont nous parlons beaucoup avec les Russes. L’Ukraine est un sujet très important pour nous, la Syrie également, ainsi que l’utilisation des armes chimiques. Se sont des sujets qui nous ont mené à des relations parfois difficiles avec la Russie. Je connais bien ces dossiers parce que j’ai été en poste en Russie, avant de venir en Serbie en décembre. Dans tous les cas, la France ne demande pas à la Serbie de renoncer à ces relations d’amitié, liens culturels et autres avec la Russie, au contraire, la Serbie peut être un pont entre l’UE et la Russie, mais cela sous-entend une vision stratégique clairement exprimée de la perspective européenne de la Serbie, qu’il soit dit clairement „c’est notre direction, mais nous allons avoir de bonnes relations avec tous nos autres partenaires“.

*Cette année, nous allons commémorer le centième anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale. Il semblerait que certains officiels serbes cherchent dans le passé une France, à leurs yeux, meilleure que celle d’aujourd’hui. Quel est votre opinion à ce sujet ?

- Je pense vraiment que nous devons commémorer ce centenaire de manière visible et significative, et de marquer l’amitié qui nous unit. Il ne faut pas laisser passer cette oportunité. Non pas pour rester à regarder vers le passé, mais afin de renforcer nos relations actuelles et regarder ensemble de manière plus positive vers l’avenir. Le monument de reconnaissance à la France est en rénovation et sera terminé cet été, il y aura des expositions et des séminaires scientiques. Le 11 novembre nous allons tout particulièrement marquer cet anniversaire. Le président Vucic sera, aux côtés d’autres présidents, présent à la commémoration à Paris. Nous devons à nos ancêtres, et je le pense très sincèrement, de leur offrir cette belle commémoration. En comparant les relations entre la France et la Serbie du passé avec celles d’aujoud’hui, certains peuvent être amenés à qualifier ces dernières de manière négativement. Je pense que l’histoire, bien qu’il faut la laisser avant tout aux historiens, peut servir d’inspiration, d’avertissement, rappellant que le choix de ce que nous voulons reproduire ou ne plus jamais reproduire dans l’avenir nous appartient. En 70 ans, nous avons eu trois guerres terribles avec l’Allemagne. Aujourd’hui, le moteur franco-alllemand donne le mouvement à l’Europe . Pourquoi ? Parce que nous l’avons choisi, voulu. Ainsi, la France souhaite que ces pages historiques de notre amitié avec la Serbie nous servent d’inspiration et d’exemple pour l’avenir et je suis convaincu que les relations de la France et la Serbie seront encore meilleures dans l’avenir qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Relations économiques en expansion

- Les relations économiques entre la Serbie et la France progressent et cette année, les échanges commerciaux atteindront 1 milliard d’euros. L’année dernière, les contrats ont été signés entre Suez et Vinca et entre Vinci et l’aéroport de Belgrade. Nous avons repris nos échanges sur le métro lors de la visite du ministre français des affaires étrangères. Il était question de financement d’une étude de faisabilité. Ilm est encore tôt pour parler de contrat, mais ce qui était important c’était de souligner qu’il s’agit d’un sujet important. Nous sommes prêts à aider la Serbie pour que Belgrade reçoive son métro, mais, bien sûr, c’est Belgrade et les autorités serbes qui décideront avec qui elles voudront travailler. La société EDF est intéressée de travailler en Serbie, ainsi que Schneider Electric qui a des grands projets avec l’EPS, Colas Rail est très active dans le transport ferroviaire. Nous voulons attirer le plus grand nombre possible d’investisseurs, et notamment de petites et moyennes entreprises françaises - dit l’ambassadeur Mondoloni.

Dernière modification : 18/06/2018

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