Macron n’a pas dit qu’il fallait punir la Serbie [sr]

Nous attendons la rencontre des présidents Emmanuel Macron et Aleksandar Vucic à Paris le 17 juillet. - La Serbie est notre partenaire le plus important dans cette partie de l’Europe et nous la considérons comme un facteur de stabilité.

Les relations entre la Serbie et la France sont excellentes et reposent sur des liens très forts, renforcés il y a exactement un siècle, pendant leur alliance au cours de la Première Guerre mondiale, a déclaré l’ambassadeur de France à Belgrade, Frédéric Mondolini, dans son interview à Politika. Lors d’une visite de notre rédaction à la veille du 14 juillet, la fête nationale de son pays, l’ambassadeur Mondoloni, qui est en poste dans la capitale serbe depuis six mois, estime que la coopération franco-serbe "a un excellent avenir" devant elle.

- J’ai la grande satisfaction de constater au quotidien que cette position et cette volonté sont partagées également par le gouvernement serbe, mais aussi par les citoyens de Serbie. Sur le plan politique, nous oeuvrons à la relance de rencontres au plus haut niveau. Nos deux présidents se sont rencontrés à plusieurs reprises, et leur rencontre à Paris au Sommet sur le changement climatique était particulièrement significative. Nous nous attendons à ce que la prochaine rencontre des Présidents Emmanuel Macron et Aleksandar Vucic le 17 juillet à Paris soit très importante. Je vous rappelle aussi que le ministre des Affaires étrangères français, M. Le Drian, s’est rendu à Belgrade en avril et que c’était la la première visite d’un ministre des affaires étrangères français depuis huit ans - a indiqué Frédéric Mondoloni.

JPEG

Pourquoi avons-nous l’impression que la France semble se tenir à l’écart et laisse aux autres d’avoir plus d’initiatives concernant les contacts avec la Serbie ? Est-ce quelque chose est en train d’évoluer ?

- Je crois que cette impression est fausse. Nous sommes présents non seulement historiquement, mais aussi à l’heure actuelle, parce que la Serbie est notre partenaire le plus important dans cette partie de l’Europe. En ce qui concerne le domaine économique, nous avons récemment signé de très gros contrats. J’en cite deux en particulier - avec le "Groupe Suez", portant sur le traitement des déchets à la décharge de Vinca, de même que celui sur la concession de l’aéroport de Belgrade avec "Vinci". Mais nous ne nous satisfaisons pas seulement de ce que nous avons accompli, nous travaillons également pour l’avenir. Nous avons organisé en juin un forum d’affaires qui a réuni 400 entreprises, dont 60 directement venues de France. Le Premier ministre serbe, Ana Brnabic, a ouvert ce rassemblement. Une délégation du MEDEF qui réunit les plus grandes entreprises françaises, est également venue et ses représentants ont rencontré les plus hautes autorités officielles de Serbie.

Lorsque l’on évoque la France, nombreux sont ceux qui pensent d’abord aux liens culturels ?

Nous défendons les couleurs de la culture française en Serbie, parce que nous savons bien combien elle est appréciée et aimée ici. L’institut français est très actif non seulement à Belgrade, mais aussi à Novi Sad et à Niš. La Serbie a récemment décidé de rejoindre l’Organisation internationale de la francophonie en tant que membre associé. Nous allons clairement soutenir cette candidature à Erevan en octobre, lors du prochain sommet, et c’est pour cette raison que nous avons créé aussi un groupe d’ambassadeurs francophones à Belgrade.

Depuis des années, "Politika" informe régulièrement sur les événements liés à la francophonie.

- Merci beaucoup. La candidature serbe est vraiment très importante. Le dossier présenté par la Serbie est excellent.

Cependant, la coopération économique n’est pas moins importante. Lorsque nous parlons de cela, nous pensons avant tout au métro de Belgrade, même sur le plan symbolique ?

- Le projet a très bien démarré. C’était l’un des thèmes les plus importants lors de la visite du MEDEF. Nous sommes maintenant au stade des études de pré-faisabilité et après cela nous aurons une étude sur la construction. Bien sûr, les autorités et les représentants de la ville de Belgrade décideront qui construira le métro. Mais en ce qui concerne la France, celle-ci est tout à fait prête et ses entreprises sont motivées. Je pense que nous n’allons pas attendre dix ans le début des travaux.

Outre ces éléments positifs, il y a aussi des signaux décevants pour l’opinion publique serbe. On parle du message du Président Macron selon lequel la Serbie devrait être punie pour son engagement au profit du retrait de la reconnaissance du Kosovo-Métochie ?

- J’aimerais que quelqu’un me montre le moment où le président Macron a vraiment dit qu’il fallait punir la Serbie à cause de ses activités. A aucun moment il a dit une chose pareille. Nous n’allons pas punir la Serbie, c’est notre premier partenaire dans la région - qui peut être compliqué et nous considérons la Serbie comme un facteur de stabilité. Pour nous, les priorités sont la lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical, une attitude/un comportement responsable vis-à-vis des flux migratoires, mais aussi la lutte contre le trafic d’armes. Sur ces sujets, il y a une coopération très intense entre nos deux pays.

Cela signifie-t-il que la France ne voit pas d’inconvénient à ce que certains pays retirent la reconnaissance du KiM ?

- Reconnaître un pays est un droit souverain d’un État. La France a pris la décision, que la Serbie ne soutient pas, de reconnaitre, avec d’autres partenaires de l’UE, le Kosovo. Nous ne donnons pas de leçon. La Serbie a choisi la voie de l’UE et nous sommes là pour la soutenir. Nous souhaitons développer davantage nos relations avec la Serbie, parce que c’est dans notre intérêt d’avoir des liens forts avec le pays le plus important de la région et traditionnellement ami, mais nous espérons que la Serbie voit son intérêt également à ce que la France soit celle qui l’aide et la soutienne sur sa voie de l’intégration européenne.


Nous avons également été surpris par la déclaration du président Macron qu’il fallait d’abord réformer l’UE, et seulement ensuite parler de l’élargissement ?

- Il l’a vraiment dit au Parlement européen à Strasbourg et au Sommet de Sofia. Je pense que cela ne devrait pas décourager la Serbie, et la France considère que la Serbie doit rejoindre l’UE. Mais je le répète, cela doit être le choix du peuple serbe et de son gouvernement. Le président de la République dit que le monde a besoin d’une Europe plus forte. De nombreux sujets exigent une Europe plus forte : les questions commerciales, le changement climatique, le terrorisme ... Si l’Europe n’est pas forte, sa voix ne sera pas entendue. Nous défendons un multilatéralisme efficace. Par exemple, en ce qui concerne le système de défense ou la lutte contre la migration illégale, nous devons être capable de nous mettre d’accord plus facilement.

Quel impact cela aurait sur la Serbie ?

- La Serbie a le plus grand intérêt de faire partie d’un club qui fonctionne bien. Pour nous, il est plus important de travailler en parallèle sur deux questions : sur le renforcement et sur l’élargissement. En ce qui concerne les délais, je souligne que le président Macron est jeune et dynamique. Il a pris ses fonctions l’an dernier et son objectif est de réformer l’Europe pendant son mandat qui qui durera jusqu’en en 2022. Je ne dis pas que ce sera facile, mais le président fera tout son possible pour faire passer ses réformes. Si nous réussissons, l’idée de 2025 comme l’année de l’éventuelle adhésion de la Serbie à l’UE est réalisable.

Mais s’il ne réussit pas à faire passer cette réforme, alors il n’y aura pas d’élargissement ?

- Il est indispensable de travailler sur les deux choses en même temps.

Un autre thème nous unit, le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. En France, de nombreuses cérémonies sont organisées à cette occasion, et cette année la Serbie veut accueillir des leaders mondiaux, dont le président Macron, qui serait, si cela se réalise, le premier chef de l’Etat français à se rendre en Serbie après 17 ans ?

- J’espère qu’il viendra. Les présidents en ont parlé à plusieurs reprises et le président Macron a dit qu’il viendrait. Cela doit être confirmé dans son agenda, ce qui n’est jamais facile. Il a de nombreuses obligations sur le plan international, et des dossiers compliqués tels que la Corée, l’Iran et le Brexit. Il passe beaucoup de temps également à réformer son propre pays. Il est certain que le Monument de Reconnaissance à la France rénové devra être inauguré de manière la plus représentative.

Que signifie pour vous, en tant que Français, le fait que le monument soit rénové ?

- En tant que Français, je ne suis pas seulement content, je suis heureux. En tant qu’ambassadeur de la France, je peux dire que je suis extrêmement fier. Je pense que c’est un monument qui n’a pas d’équivalent dans le monde entier, que quelque chose comme cela existe dans le plus beau parc du centre-ville. Ce n’est pas un monument qui marque un événement particulier, mais (témoigne d’une) reconnaissance générale. C’est très touchant, notamment la phrase : "Aimons la France, comme elle nous a aimés". La rénovation est un projet financé à moitié par la France et à moitié par la Serbie. Le travail a été bien fait, il sera prêt pour une inauguration à partir de septembre

Nikola Belić
Bojan Bilbija


Entrefilet

Restaurer et le monument - et notre amitié

Quelles sont les autres festivités que vous planifiez pour l’automne, à l’occasion du Centenaire de la fin de la Grande Guerre ?

- Un livre de mémoires de Franchet D’Espérey sera traduit. Une caravane de films organisé par l’Institut français de Serbie sur le thème de la Première Guerre mondiale tournera dans toute la Serbie. En septembre, nous allons à nouveau présenter, de manière plus concrète, nos programmes de célébration/commémoration du centenaire. Nous organiserons une exposition qui couvrira les témoignages collectés en Serbie. L’idée est de partir du sud du pays et de suivre le chemin de l’armée de libération, pour terminer avec une réception le 1er novembre à Belgrade, qui est une des très rares villes décorées de la Légion d’honneur. Lorsque je vois ce monument, je sais qu’il est nécessaire de marquer/commémorer le passé, mais aussi qu’il faut travailler ensemble sur l’avenir. Je me souviens que sur le monument, il y a un bas-relief qui représente l’armée et un autre qui représente des étudiants venus étudier et se scolariser en France. De la même manière, je me dis que nous devrions travailler sur la rénovation de notre amitié et que - lorsque nous travaillons ensemble, nous pouvons vraiment faire beaucoup de bonnes choses.

Vous trouverez l’article en serbe sur le site du quotidien Politika.

Dernière modification : 24/07/2018

Haut de page